La Fédération protestante de France a organisé un colloque « Foi chrétienne et populismes » au Palais de la femme (Paris) les 15 et 16 octobre 2026 pour mieux comprendre comment les populismes bousculent l’Etat de droit, les institutions du politique et le statut même de la vérité à l’heure des réseaux sociaux.
La dernière après-midi de ce colloque portait sur le thème : « Populismes et engagements protestants ».
Le populisme désigne une approche politique qui s’adresse aux classes populaires avec une tendance à opposer le peuple aux élites politiques, économiques, médiatiques, que ce soit avec une sensibilité de droite ou de gauche. Les populistes trouvent toujours un bouc émissaire, une catégorie de personnes pour expliquer les diverses difficultés : autrefois c’étaient les juifs, aujourd’hui les étrangers, les riches, les woke, les capitalistes, les musulmans… Les populistes font croire qu’ils peuvent résoudre les problèmes de la dette, l’éducation, la santé, la justice… en augmentant les salaires, en baissant l’âge de la retraite, en ne touchant qu’aux impôts des autres. Bref, des solutions simplistes… et fausses. Pourquoi sont-ils autant écoutés aujourd’hui, en France comme dans le monde entier ? Le vote populiste est un marqueur d’une société qui a perdu ses repères, et c’est un problème spirituel.
Une table ronde a réuni les présidentes de la CIMADE et de la Mission populaire évangélique, un représentant de la FEP, ainsi que 2 pasteures des villes d’Orange et de Nice. La conclusion a été apportée par le président de la FPF, Christian Krieger.
C’était réjouissant de voir autant de femmes sur un plateau, qui plus est avec des responsabilités d’institutions ou de paroisses.
Le constat, c’est l’inquiétude, et l’urgence d’une parole protestante interpellante face à une situation nationale et internationale chaotique et récupérée par les extrêmes politiques :
Au sein de ces associations, la réponse proposée est de pointer et de clarifier systématiquement les dérives du langage politique et ses conséquences sur le terrain. Par exemple, dénoncer des phrases prononcées par certaines personnalités politiques car, soit elles attisent la peur d’un paradis perdu et d’un chaos à venir, soit elles instrumentalisent la question migratoire pour prendre le pouvoir.
Pointer aussi les dérives du contrôle de l’Etat : la démocratie ne doit pas être vue seulement comme un système guidé par l’expression de la majorité, c’est aussi un système construit sur la présence de contre-pouvoirs. Ainsi, les associations recevant des financements publics ne doivent en aucun cas faire allégeance à l’Etat mais garder leur esprit critique.
A la FEP (Fédération de l’Entraide Protestante) aussi, on peut porter sans peur une parole ferme sur les principes et dénoncer les injustices, l’indignité, le rejet. La FEP a aussi une mission créative sur le terrain : rendre crédible la société plus solidaire et heureuse que l’on souhaite. Dans les associations, on a le bénéfice du temps, contrairement aux administrations, cela crée de la convivialité.
La pasteure EPUDF de la ville d’Orange rappelle la création d’un collectif « Résistance et sidération » lors du premier vote RN il y a 30 ans. Oui, il y eu sidération mais pas de paralysie grâce à l’action collective. Elle constate dans sa municipalité une baisse du budget culture et l’organisation « d’événements de contre-culture populaire » comme la fête du cochon, la baisse des subventions sociales avec la disparition de 3 centres socioculturels sur 4.
En réaction, les entraides catholique et protestantes (des églises unie et évangélique) se sont rassemblées, un signe de consolidation des solidarités horizontales. Malgré la disparité des votes des paroissiens lors des élections, la cohésion persiste et l’accueil inconditionnel n’est pas remis en question. Elle rappelle l’importance de l’écoute car « on ne convainc pas des gens que l’on méprise ». L’accueil concerne les plus fragiles ET tous les votants quel que soit leur opinion.
En conclusion, le contexte actuel est marqué des réalités inquiétantes qui appellent des résistances :
- La captation de l’identité chrétienne par certains acteurs politiques et économiques nous amène à restaurer un récit plus nuancé et fédérateur, loin des récits simplistes et polarisateurs de la société.
- La territorialité : devant le désengagement de l’Etat, les églises sont, entre autres, un réseau de proximité et d’hétérophilie(tendance à créer des relations ou des groupes avec des personnes différentes, à l’inverse de l’homophilie, qui privilégie la similitude). Nous pouvons y répondre par le dialogue en toute occasion et dans tous les milieux sociaux : en faisant les courses, dans les transports en commun, les lieux de loisirs, à l’église, en famille, à l’école, dans nos carrefours-débats…
- Le continent numérique : que faire, face à cette terre inconnue et aux médias qui nous incitent à scroller sans donner ni information ni source, altérant notre discernement ? Rester engagé dans des actions concrètes permet d’avoir une autre perception de la réalité ; l’éducation aux médias et aux réseaux sociaux par des ateliers, des jeux et webinaires permet de comprendre et de se libérer de certaines influences.
- La fragilisation des démocraties face à une oligarchie financière qui s’accapare les richesses, aux gouvernementalités algorithmiques, aux ingérences russes, à l’AFD en Allemagne, etc. ne doit pas nous faire renoncer à la sphère publique par le repli.
Un beau programme pour nous au Centre 72, à l’Entraide, à la MDJ, à la paroisse et dans nos espaces de vie !
A l’issue de ce colloque nous pouvons nous dire : « le monde protestant manque de visibilité faute de pape, mais 1. Il donne une vraie place aux femmes et 2. Il fait vivre des « œuvres » dynamiques : fondation de l’Armée du Salut, CIMADE, CASP, Mission évangélique populaire, Fédération de l’Entraide Protestante, EEUDF, Fondation John Bost, la Cause, journal Réforme, radio Fréquence protestante, etc. Ce sont des lieux de vie, de ressources et d’espoir, des boussoles.
Face au Palais de la femme, inauguré il y a 100 ans grâce à l’engagement de Blanche et Albin Peyron, se trouve au comptoir de la librairie la BD « Blanche, une victorieuse, naissance d’une armée contre la misère » : une histoire de foi, de luttes, de sororité et de solidarité au cœur de la société violente et inégalitaire d’il y a un siècle. Inspirant !
Texte inspiré de la fin du colloque « Foi chrétienne et populismes » organisé par la Fédération protestante de France au Palais de la femme (Paris) les 15 et 16 octobre 2026 et de l’éditorial d’Antoine Nouis (Réforme du 15/10/2026).