Ensemble N° 60 billet biblique Le politique autrement

«Ensemble», le journal de l’Église Protestante Unie d’Argenteuil, Asnières, Bois-Colombes, Colombes

Habiter la foi, c’est habiter le monde

Il est aujourd’hui tentant de séparer les choses. D’un côté la foi, l’intime ; de l’autre la politique, la cité. Comme si l’on pouvait croire sans vivre au présent sur cette Terre.

La Bible ne connaît pas ces découpages. Elle parle de personnes au milieu d’autres, dans une histoire, dans un peuple, dans une société. Croire, dans la tradition biblique, ce n’est pas s’extraire du monde, c’est y vivre autrement : en prenant soin de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger. Alors oui, être croyant·e, c’est aussi être politique, au sens premier : habiter la cité, chercher ce qui fait justice et vie.

Pourtant, dès le Premier Testament, une méfiance profonde s’exprime face au pouvoir politique. Lorsque le peuple demande un roi, à l’image des autres nations, Dieu met en garde. Ce désir d’un pouvoir visible, structuré, maîtrisé… risque de conduire à l’asservissement. L’histoire ne tardera pas à le confirmer : la monarchie se dérègle et corrompt. Le pouvoir concentre, éloigne, écrase. Il finit par détourner de la relation à Dieu.

Or pour Israël, comme pour les chrétiens, un seul est Seigneur. Un seul peut prétendre à une souveraineté ultime. Tout pouvoir humain est relatif, fragile, toujours à interroger. Dès qu’il se prend pour l’absolu, il devient dangereux.

Dans ce paysage, Jésus apparaît comme un homme profondément public. Il parle sur les places, dans les maisons, au Temple. Il agit devant tout le monde. Ses gestes et ses paroles sont publics. Ils questionnent, dérangent. Sa relation à Dieu, sa lecture des Écritures le conduisent à une radicalité qui impacte la vie de la cité : les exclus sont remis au centre, la loi est relue à hauteur d’humanité, les logiques de domination sont démasquées.

Et si Jésus ne fait pas de politique au sens d’un parti ou d’une conquête du pouvoir, il ouvre bel et bien un espace d’espérance et il révèle une manière d’être au monde.

La foi chrétienne, à la suite de Jésus, engage. Elle met en mouvement. Elle pousse à prendre part, à se tenir là où la vie se joue, là où les plus petit·es appellent. Cet engagement déborde largement les murs de l’Église.

En France, la loi de 1905 garantit cette liberté. Elle ne condamne pas la parole des Églises au silence. Elle permet au contraire qu’elles prennent place dans l’espace public, y compris pour interpeller et contester. Non pas pour dominer, mais pour témoigner.

Habiter la foi, c’est donc habiter le monde. Et y chercher avec d’autres des chemins de justice, de paix et de vie.

 

Pasteure Gwenaël Boulet

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