Commencement

Texte de la prédication de Noël 2024 par le pasteur Andreas Seyboldt

Lectures bibliques :

 

Jean 1, 1 à 18

1 Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu.

2 Elle était au commencement auprès de Dieu.

3 Tout est venu à l’existence par elle, et rien n’est venu à l’existence sans elle. Ce qui est venu à l’existence 4 en elle était vie, et la vie était la lumière des humains.

5 La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres n’ont pas pu la saisir.

6 Survint un homme, envoyé de Dieu, du nom de Jean.

7 Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.

8 Ce n’est pas lui qui était la lumière ; il venait rendre témoignage à la lumière.

9 La Parole était la vraie lumière, celle qui éclaire tout humain ; elle venait dans le monde.

10 Elle était dans le monde, et le monde est venu à l’existence par elle, mais le monde ne l’a jamais connue.

11 Elle est venue chez elle, et les siens ne l’ont pas accueillie ; 12 mais à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu – à ceux qui mettent leur foi en son nom.

13 Ceux-là sont nés, non pas du sang, ni d’une volonté de chair, ni d’une volonté d’homme, mais de Dieu.

14 La Parole est devenue chair ; elle a fait sa demeure parmi nous, et nous avons vu sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; elle était pleine de grâce et de vérité.

15 Jean lui rend témoignage, il s’est écrié : C’était de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car, avant moi, il était.

16 Nous, en effet, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce ; 17, car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.

18 Personne n’a jamais vu Dieu ; celui qui l’a annoncé, c’est le Dieu Fils unique qui est sur le sein du Père.

 

 

Prédication :

 

 

Commencement

En arch hn  ‘o logos, kai  ‘o logos  hn pros ton qeon, kai qeos  hn  ‘o logos.

(En archè èn ‘o logos, kaï ‘o logos èn pros ton théon, kaï théos èn ‘o logos).

« Au commencement était la parole, et la parole était auprès de Dieu, et la parole était Dieu ».

 

Bereshit bara élohim èt hashamaïm ve-èt ha’arèts.

« Au commencement Dieu créa les cieux et la terre… ».

Deux poèmes se font écho dans la Bible. Le poème qui ouvre l’évangile de Jean – en grec – et celui qui ouvre la Bible au livre de la Genèse, en hébreu.

 

Nul doute que Jean cherche à rendre par ses mots grecs la beauté du texte hébraïque, que des centaines de traductions ont cherché et cherchent encore à rendre dans toutes les langues du monde.

Ces deux poèmes disent, chacun à leur manière, qu’il y a quelque chose dans le commencement qu’on appelle Dieu – qui crée en parlant, qui crée par sa parole.

 

1 Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu.

2 Elle était au commencement auprès de Dieu.

3 Tout est venu à l’existence par elle, et rien n’est venu à l’existence sans elle. Ce qui est venu à l’existence 4 en elle était vie, et la vie était la lumière des humains.

 

L’être humain, dès tout petit, veut savoir ce qu’il y a eu « avant ». « Papa, avant, il y avait quoi ? »

Vous connaissez ces questions terribles des enfants, qui nous plongent dans des abîmes de perplexité. Qu’est-ce qu’il y avait avant, au commencement ?

La Bible choisit de décrire un commencement qui n’est pas « du rien ». Pour Jean, il y a la Parole qui est auprès de Dieu. Dans la Genèse, Dieu crée par sa parole.

Au commencement, tel qu’il se fait connaître à l’esprit humain, il n’y a pas rien. Il y a Dieu. Dieu en dialogue, Dieu parlant.

 

Au commencement de notre vie, il y a une parole qui nous nomme, qui s’adresse à nous pour nous nommer, nous offrir un prénom, nous accueillir dans le monde.

Dans le meilleur des cas, ce sont nos parents qui nous donnent ces mots pour naître au monde. Mais si eux sont empêchés de le faire, d’autres peuvent et doivent dire ces mots qui permettent à l’enfant de recevoir son existence, d’être accueilli dans le monde.

La force de la Parole, le pouvoir de la Parole.

 

Je me souviens comme j’étais impressionné, touché à la naissance de mes enfants. Parler aux bébés, parler aux enfants, se parler.

Les premières paroles que l’on adresse au nouveau-né pour lui dire bienvenue, pour le nommer :

L’appeler par le nom que nous lui avons choisi et par lequel nous l’accueillons dans la vie, par lequel il reçoit une existence, une reconnaissance : oui, tu es ma fille, tu es mon fils bien aimé·e !

C’est par notre parole de père et de mère que nous l’appelons à la vie ! C’est grâce à cette première parole, grâce à nos paroles que le nouveau-né pourra vivre – et apprendre à parler à son tour ! …

 

Apprendre à parler, ce n’est pas seulement apprendre à faire des phrases, mais apprendre à dire des mots qui donnent la vie.

Avons-nous conscience pleinement du pouvoir de la Parole ? Les mots font vivre, les mots ou l’absence de mots peuvent aussi tuer.

 

Aujourd’hui, nous disposons de nombreux moyens pour porter la parole.

Je me souviens quand j’étais enfant, du jour où l’on installait le premier appareil téléphonique à la maison. C’était un téléphone gris avec un cadran rond, posé sur le bureau de mon père à la maison.

Il sonnait peu. Les conversations téléphoniques ne duraient pas plus de 10 minutes, et finissait toujours avec ce rappel de mon père « Bon, il faut que l’on termine là ! Le téléphone coûte cher ! »

 

Aujourd’hui nous avons des forfaits illimités.

Mais le poids de nos paroles a-t-il autant d’importance, qu’il justifie que l’on parle de manière illimitée ?

À l’écoute bien malgré moi des conversations téléphoniques dans le train, très peu d’entre elles ont un caractère d’urgence ou une importance telle qu’elles ne pouvaient attendre la fin du trajet – et ne pas importuner les autres voyageurs…

Derrière ces mots sans importance, se dit le besoin d’être en relation, de compter pour quelqu’un, peu importe finalement ce que l’on lui dit.

Mais avec ces nouveaux moyens de communiquer, se développent aussi les paroles vides, creuses, le blabla, et pire encore les paroles mauvaises, méchantes, agressives, mensongères, les calomnies, les insultes …

Toutes ces paroles mauvaises qui méprisent, qui calomnient, qui rabaissent, qui sèment la haine et suscitent la soif de vengeance, elles tuent la vie, tuent la confiance, tuent la possibilité de vivre ensemble.

Cela me fait penser au livre des Proverbes, au chapitre 12, verset 18, où nous lisons : « Tel, qui bavarde à la légère, blesse comme une épée ; la langue des sages guérit. » ! …

 

La Parole est vie.

1 Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu.

2 Elle était au commencement auprès de Dieu.

3 Tout est venu à l’existence par elle, et rien n’est venu à l’existence sans elle. Ce qui est venu à l’existence 4 en elle était vie, et la vie était la lumière des humains.

 

La Parole liée à Dieu n’est pas du bavardage, n’est pas de ces paroles qui tuent la vie, tuent la confiance, tuent la possibilité de vivre ensemble.

La Parole qui est « auprès de Dieu » est créatrice, elle donne la vie. …

 

Au livre de l’Exode, au chapitre 3, Moïse a fait ce fameux détour pour voir le buisson ardent brûler sans se consumer. Dieu lui a demandé de faire sortir son peuple d’Égypte.

Alors, « Moïse dit à Dieu :

Je vais parler aux Hébreux, je vais leur dire ‘le Dieu de vos pères’ m’a envoyé vers vous’ mais s’ils me demandent quel est son nom, que leur dirais-je ? »

« Dieu dit à Moïse Je suis qui je serai. C’est ainsi que tu répondras aux Israélites. ‘Je serai’ m’a envoyé vers vous. » (Exode 3,13-14)

Dieu refuse de s’enfermer dans un nom. Lui qui est depuis le commencement ne peut pas venir à l’existence comme nous, par cet acte d’être nommé.

Dieu se « nomme » lui-même avec le verbe être dans une forme conjuguée à l’inaccompli, un temps de l’hébreu qui pourrait correspondre à la fois au présent et au futur en français.

Les traducteurs sont bien embêtés pour rendre cela.

D’autant plus que les juifs ne prononcent pas ce mot que l’on appelle le tétragramme, composé de 4 lettres dont deux H aspirés.

C’est à la fois « je suis qui je suis », mais cela pourrait être « je suis qui je serai », ou je serai qui je suis…

Bref, Dieu se définit par le verbe être conjugué, à la fois, au présent et au futur. Il est à la fois présent et « à venir ». Il est l’essence même de la vie vivante.

 

 

Dans le prologue de Jean, les mots dansent, virevoltent, tournent : commencement, parole, Dieu, existence, vie ?

L’un n’est pas sans l’autre, chacun a besoin de l’autre, l’un est aussi l’autre.

Dieu est la Parole. La Parole est Dieu. Dieu est vie et la vie est Dieu. Et alors de cette danse incroyable, naît la lumière.

Comme si l’énergie déployée dans cette danse mettait le feu au monde, le feu qui réchauffe et permet la vie !

3 «  Tout est venu à l’existence par elle, et rien n’est venu à l’existence sans elle. Ce qui est venu à l’existence 4 en elle était vie, et la vie était la lumière des humains ».

 

Alors non, ce matin je ne vous parlerai pas des ténèbres. Nous en avons eu assez bien assez, depuis des mois et des mois.

Je ne vous dirai pas l’incompréhensible de leur intrusion dans ce prologue.

Je ne vous dirai pas l’absurdité de leur apparition alors que tout est venu à l’existence par la Parole.

Je ne m’attarderai pas sur la méconnaissance de la lumière par le monde, ni le refus de l’accueillir par « les siens ».

 

Mais je voudrais vous laisser l’image de Jean, montrant du doigt Jésus. Il vint comme témoin pour rendre témoignage à la lumière.

Chacun de nous, à notre tour, peut devenir témoin.

Chacun de nous, à notre tour, nous pouvons dire : au commencement était la Parole.

Oui, au commencement de notre existence, il y a cet acquiescement de Dieu à notre vie.

 

Et à chaque nouveau commencement de notre vie, après les deuils, les drames, les trahisons, les morts, les échecs, Dieu toujours à nouveau nous invite à entrer en dialogue avec lui, à danser la danse de la vie avec lui.

Il insuffle à nouveau en nous ce qui nous fait vivre et être, et prendre la parole encore et encore.

Car à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

 

Amen

Andreas Seyboldt

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