- Accueil
- Actualités
- Prédications
- Heureux !
Heureux !
Partage
Texte de la prédication du 16 février 2025 du pasteur Andreas Seyboldt
Lectures bibliques:
Luc 6, 17 – 26 (NBS)
17 Il descendit avec eux et s’arrêta sur un endroit tout plat, où se trouvait une grande foule de ses disciples et une grande multitude du peuple de toute la Judée, de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon.
18 Ils étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Ceux qui étaient perturbés par des esprits impurs étaient guéris. 19 Et toute la foule cherchait à le toucher,
parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous.
20 Alors, levant les yeux sur ses disciples, il disait :
Heureux êtes-vous, vous les pauvres,
car le royaume de Dieu est à vous !
21 Heureux êtes-vous, vous qui avez faim maintenant,
car vous serez rassasiés !
Heureux êtes-vous, vous qui pleurez maintenant,
car vous rirez !
22 Heureux êtes-vous lorsque les gens vous détestent, lorsqu’ils vous excluent,
vous insultent et rejettent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme.
23 Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez de joie, parce que votre récompense
est grande dans le ciel ; car c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.
24 Mais quel malheur pour vous, les riches !
Vous tenez votre consolation !
25 Quel malheur pour vous qui êtes rassasiés maintenant !
Vous aurez faim !
Quel malheur pour vous qui riez maintenant !
Vous serez dans le deuil et dans les larmes !
26 Quel malheur pour vous, lorsque tout le monde parle en bien de vous !
C’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes de mensonge !
1 Corinthiens 1, 26 – 31 (TOB)
26 Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille.
27 Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ; 28 ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, 29 afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant Dieu.
30 C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, 31 afin, comme dit l’Écriture, que celui qui fait le fier, fasse le fier dans le Seigneur.
PRÉDICATION :
Qui aime sentir ses limites ?
Comme le petit enfant qui n’arrive pas encore à suivre les grands.
Comme le jeune qui découvre la complexité du monde et qui se demande angoissé s’il va trouver une place dans la société. Comme l’adulte qui arrive à la quarantaine et constate qu’il ne pourra pas réaliser toutes ses ambitions et que les blessures de la vie laissent des traces durables. Comme l’aîné qui voit ses forces décliner avec sa mémoire et songe à la fin de sa vie… Comme tout un chacun, lorsque nous nous sentons démunis et impuissants face aux injustices et aux violences qui semblent dominer le monde et les relations humaines …
Qui aime découvrir sa dépendance ?
Alors qu’une maladie me cloue au lit, qu’un accident entame ma santé, mon moral, mon travail, mes relations, ou qu’une trop grosse fatigue me force à passer le relais à d’autres.
Qui aime se sentit vulnérable ? Mais personne, bien sûr !!!
Mais Dieu, lui, sait deux choses : que nous sommes vulnérables et que nous faisons tout et n’importe quoi pour ne pas le montrer. Nous sommes vulnérables.
Dieu le sait bien, lui, qui nous a créés. Non pas comme des dieux invulnérables, mais comme des créatures tirées de la terre.
Traversées d’un souffle de vie simple et mystérieux, faites de chair et de sang, et cette vie-là peut être blessée, abîmée, réduite, fracturée. Notre vie peut être endommagée ; elle est soumise aux contraintes du temps, de l’espace et des aléas de l’existence.
Œuvre magnifique et friable, nous ne durons qu’un temps sur la terre et un jour nous disparaissons…
Regarder notre mort en face nous fait évidemment peur, comme penser à celle de nos proches ; alors nous passons beaucoup, beaucoup de notre temps et de notre énergie à cacher à cacher cette réalité, à la masquer, à faire comme si tout était toujours super top, à donner le change ; bref, à garder le contrôle pour ne rien laisser voir de nos fragilités.
Nous sommes devenus maîtres dans l’art de dépasser notre condition.
On commence dans le préau d’école où l’on s’invente des super-pouvoirs pour vaincre les copains et les grands qui nous embêtent ou une super-beauté qui écarte toutes les autres filles ; on se rêve super-héros et super-star pour être meilleur que tous et hors de danger.
Et ce jeu continue toute la vie :
Nous bâtissons des empires à coups d’arsenal et d’armes plus destructrices les unes que les autres ; à coups de technologies toujours plus performantes à la conquête du génome humain, des micro-puces informatiques de l’infiniment petit, des algorithmes de plus en plus sophistiques à l’intelligence artificielle, tout comme de la conquête de l’espace, des galaxies et de l’univers…
Il ne semble plus y avoir de limites à ce que nous pouvons découvrir, conquérir, concevoir et réaliser ! Et l’argent, le nerf de la guerre, pouvoir devenu fantastique, semble dominer notre planète et nos relations et étendre ses tentacules partout… Que ne peut-on acheter et posséder avec de l’argent ?
Loin de moi l’idée de dénigrer les formidables progrès générés par nos recherches, par nos ambitions, par notre société globalisée, marques indéniables du génie humain, et de proclamer qu’avant, à l’âge de pierre, du silex ou de nos grands-parents c’étaient tellement mieux ! …
Ce qui est inquiétant, c’est ce qui se cache derrière nos conquêtes : ce désir de devenir invulnérables, invincibles, et, pourquoi pas, immortels, à ne plus vieillir, à éliminer tous les risques, toutes les contraintes, pour ne plus jamais nous sentir apeurés, petits, vulnérable et impuissants…
N’y a-t-il pas là un orgueil démesuré ?
Mais Dieu sait encore une chose :
Dans cette quête du « toujours plus haut, plus fort, plus vite », les faibles sont écrabouillés. Ils n’ont même plus la place d’exister.
Les derniers de la classe, les retardataires, les « pas-formatés-sur le modèle gagnant » – les loosers, comme on les appelle dans le jargon moderne – n’ont aucune chance de rester dans la course, et quand ils échouent, on les pointe du doigt. Ils font honte. Ils sont trop nuls. Ils coûtent trop cher. N’arrivant pas rester dans la course, ils sont considérés comme des erreurs du système. On fait comprendre à la queue du peloton qu’ils auraient mieux fait de n’être jamais nés ! Et cela, pour Dieu, c’est grave, très grave : c’est la vie à l’envers, c’est contraire à sa volonté.
Éliminer les derniers et ne récompenser que les premiers, c’est juste l’inverse du Royaume de Dieu…
Mais, heureusement pour nous, Dieu n’est n’est pas un juge, et encore moins un président ni un chef de guerre. Dieu ne vient pas nous mater ! Non, Dieu est plutôt un éducateur spécialisé et surtout, Dieu est un poète : un artiste de la Parole. Ni violence, ni ironie chez Dieu, car il est poète et vient chanter par la bouche de son Fils bien-aimée, Jésus-Christ, le chant de notre vulnérabilité. En lui, Dieu est devenu chant. Le chant de la vie….
À Noël nous l’avons vu et accueilli : Dieu a pris corps et voix en Marie et il est devenu l’un de nous. Dieu lui-même s’est fait vulnérable. Dieu, le tout-grand, le tout-puissant est devenu un tout-petit… Le divin s’est uni à l’humain et Jésus est né… Lui, Jésus, a porté le chant de Dieu sur la terre, et son chant d’amour est parfois devenu poème de combat, tenant tête à tous nos cris de guerre. Alors, du haut de la montagne, Jésus prend la parole et dit aux disciples et aux foules rassemblées autour de lui :
Heureux les pauvres, le Royaume des cieux est à eux !
Quoi ??? Mais c’est n’importe quoi ça… ! Écoutez plutôt le monde qui vous dit :
Heureux les riches, ceux qui accumulent fortunes et capitaux.
Ils règnent sur l’économie et sur des milliers de vies humaines.
Leurs bourses règlent le destin de cette planète.
Ils bâtissent des empires grâce à l’argent.
Le pouvoir est à eux.
Mais non ! Heureux les pauvres !
Ceux qui ont les mains vides et le cœur plein. Les simples ceux qui sont libres de toute dépendance et qui sont solidaires des autres.Ceux qui ne mettent pas leur bonheur et leur sécurité dans leur compte en banque, dans leur possession, dans leur savoir ou dans leur pouvoir.
Le Royaume des cieux est à eux.
Jésus ne se décourage pas.
Il y croit au Royaume et à la bonté cachée dans le cœur humain et il dit :
Heureux ceux qui aiment la justice, car la justice sera avec eux.
Mais c’est une plaisanterie ou quoi ?? – Regardez le monde :
Heureux ceux qui divisent, car ils seront les maîtres. Et heureux ceux qui mentent et qui volent, car on reconnaîtra leur force. Ceux qui règnent avec leurs armées et leur arsenal. Toute puissance leur sera donnée…
Heureux ceux qui ne pensent qu’à leur intérêt, car rien ne s’opposera à eux.
Mais non ! Heureux ceux qui aiment la justice !
Heureux les artisans d’un monde différent où chaque personne est respectée et entendue, où le droit est le même pour tous. Finis la misère, la torture et les viols collectifs. Finis les bas salaires, les dégraissages et les élections truquées.
Heureux ceux qui résistent à toutes les puissances de haine à l’œuvre dans notre monde. Ceux qui n’ont pas peur de risquer leur vie pour sauver celle des autres. Ceux qui dérangent l’ordre établi de l’injustice dans leur société, leur communauté ou leur famille.
Le Royaume des Cieux est leur maison et leur héritage. Dieu est avec eux !
Conclusion
Personne n’aime se sentir vulnérable…
Mais la vraie force, c’est de ne pas en faire une défaite, mais une occasion d’être plus proche de Dieu ET des autres !
Plus proches de notre vérité et de grandir ainsi en humanité.
Car si Dieu choisit les faibles, c’est pour confondre l’arrogance des forts et les ramener sur terre, les ramener à leur devoir d’humains qui est de protéger la vie d’autrui.
Pour passer les armures toutes durcies de nos peurs, Dieu chante.
Pour atteindre les profondeurs de notre cœur, Dieu devient Parole vive.
Pour réveiller notre vulnérabilité, Dieu se fait poète.
Non pas qu’il nous aimerait minables, faiblards ou geignards…
Mais il veut nous rendre à notre vérité qui est faite de forces et de faiblesses, de beauté et de laideur, des réussites et d’échecs, de bonté et de violence, de vie et de mort…
Il vient chanter de son Souffle divin des mots de feu et de douceur pour nous libérer de notre folie des grandeurs qui cause beaucoup, beaucoup trop de malheurs.
Heureux ceux qui acceptent leurs faiblesses,
car ils n’écraseront personne de leur hauteur !
Heureux ceux qui laissent l’autre libre d’échouer
et de recommencer :
la justice et l’équité grandiront sous leurs pas !
Heureux les vulnérables, les blessés de la vie :
Dieu vient chanter leur chant pour le bonheur des tous !
Amen.
Andreas Seyboldt
(d’après un texte de Laurence Mottier)