La bonne nouvelle du Royaume

Texte de la prédication du 25 janvier 2026 de Gwenaël Boulet

Matthieu 4.12-25

12Ayant appris que Jean avait été livré, Jésus se retira en Galilée. 13Puis, abandonnant Nazareth, il vint habiter à Capharnaüm, au bord de la mer, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali, 14pour que s’accomplisse ce qu’avait dit le prophète Esaïe :

15Terre de Zabulon, terre de Nephtali,

route de la mer,

pays au-delà du Jourdain,

Galilée des Nations !

16Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres

a vu une grande lumière ;

pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort,

une lumière s’est levée.

17A partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché. »

18Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon appelé Pierre et André, son frère, en train de jeter le filet dans la mer : c’étaient des pêcheurs. 19Il leur dit : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » 20Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent. 21Avançant encore, il vit deux autres frères : Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans leur barque, avec Zébédée leur père, en train d’arranger leurs filets. Il les appela. 22Laissant aussitôt leur barque et leur père, ils le suivirent.

23Puis, parcourant toute la Galilée, il enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Règne et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple.

Prédication

Est-ce l’œuf qui fait la poule ou la poule qui fait l’œuf ? Cette question vous la connaissez et peut-être vous rappelez vous le tourbillon de perplexité qui fut le vôtre enfant, quand vous avez découvert cette question. Point de réponse aujourd’hui, rassurez-vous, je ne suis pas devenue experte en oefologie !

C’est juste qu’en relisant le texte de l’Evangile de Matthieu, je me suis demandée : est-ce l’Evangile, la Bonne Nouvelle qui fait les disciples ou est-ce les disciples qui font l’Evangile ? Classiquement, traditionnellement ou plutôt ecclésialement on a l’habitude de dire que c’est l’Evangile qui fait les disciples. Oui, c’est vrai l’Evangile, ça vient de Dieu. C’est lié au fils… donc à lui l’origine. Et on se dit aussi, et ça dans toutes nos Eglises, indépendamment des confessions, que les disciples sont au service de la Bonne Nouvelle. Donc elle les précède.

Vous remarquerez que disant cela, je me suis bien gardée de définir, d’expliciter même la Bonne Nouvelle… Oulala, trop compliqué, c’est mystérieux, c’est Dieu qui sait… et je passe sur les excuses. Plus c’est flou et plus c’est passe partout.

Bon. Vous me voyez venir, à la lecture du texte de Matthieu, il y a quelque chose qui est venu déranger cette idée de l’antériorité de l’Evangile.

Reprenons donc ce texte et pour cela focalisons-nous sur ces paroles ou sur ce qu’on nous dit d’elles. Tout commence avec Jésus qui dit « Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu s’approche ou s’est approché ». A qui parle-t-il ? Mystère. Ce n’est pas dit. Plus c’est flou, plus c’est passe partout ! Oui, ici aussi.

Ce qui est clair, en revanche, c’est que Jésus reprend exactement les paroles de Jean le Baptiste. Ce Jean qui vient d’être arrêté. Voilà, il fait comme lui, il prend sa suite de prophète. Oui, je dis bien de prophète : de quelqu’un qui parle pour Dieu, de la part de Dieu. Il invite largement à un changement de vie, à un retournement de situation personnelle, chacun et chacune étant responsable de ce dit mouvement. Et je ne sais pas vous, mais moi j’aime pas bien quand pèse sur moi une injonction dont je ne comprends pas en quoi elle me concerne vraiment. Ou pour être honnête, on n’aime pas bien, je crois généralement, quand une injonction est générale, parce que ça ne se discute pas, parce qu’on a l’impression d’être obligé à quelque chose… C’est pas super, super efficace… Me convertir, nous convertir… oui, mais ça veut dire quoi vraiment, qu’est-ce qui est attendu de nous ? Bah, on ne le sait pas… et donc on n’y va pas.

Et à la fin du texte, Matthieu écrit : « Jésus enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. » Y a rien qui vient titiller vos oreilles là ? Comment ça il proclame la Bonne Nouvelle du Royaume… mais il n’est plus en approche ? Il est là… et c’est une Bonne Nouvelle, Evangile en grec ?! Et si ça ne suffisait pas que le Royaume passe comme le train, de « à l’approche » à « à quai », voilà qu’il n’est plus mention de conversion, mais de guérison. Ah voilà… le changement il est donné et non mérité. Et pour finir, une guérison, c’est quelque chose de personnel, qui touche à l’intime… rien à voir avec la parole qui file dans l’air pour personne et tout le monde en même temps : « Convertissez-vous ». Là, c’est sûr, Jésus n’est plus seulement prophète. Sa parole n’est plus de la part de Dieu, elle est avec ses actes puissance de Dieu, réalisation bienfaisante de Dieu dans le concret des vies humaines.

Après ce rapide topo, nous voilà avec une situation d’arrivée complètement sans dessus dessous par rapport à celle du début. Mais revenons à nos œufs et à la poule, ou plutôt à l’Evangile et aux disciples !

Comment expliquer ce passage phénoménal dans les paroles de Jésus d’un Royaume qui s’approche à une Bonne Nouvelle d’un Royaume qui est là ? En bon protestants, au lieu d’élaborer des théories farfelues, on va voir dans la Bible… c’est bien connu. Alors retour au texte de Matthieu. Entre le Jésus prophète et le Jésus proclamant l’Evangile… il y a juste un épisode… celui de l’appel des disciples.

Oui, oui, l’appel des disciples est avant la mention de l’Evangile, de la Bonne Nouvelle. Argh… on passe de la prophétie à l’Evangile proclamé largement par l’existence, l’appel des disciples. Les disciples avant l’Evangile ?! Vraiment ?! Ou les disciples qui vivant pour eux une Bonne Nouvelle deviennent à leur tour Bonne Nouvelle ?

Alors allons voir d’un peu plus près. Jésus qui marche près du lac, qui voit une première fratrie, qui l’appelle, puis qui en voit une deuxième et qui fait de même. Les deux fois, il parle directement aux personnes. Pas des personnes vagues, mais des personnes nommées Simon, son frère, Jean et Jacques. Pas une parole vague, pas une parole floue, une parole qui fait mouche, qui parle au quotidien des ces hommes. Ils sont pêcheurs de poissons, ils sont appelés à devenir pêcheurs d’humains. Jésus a changé sa manière de faire. Quelque part, c’est lui qui a vécu une conversion, une autre manière d’appréhender les choses et d’entrer en relation. Et au lieu d’intimer quelque chose de la part de Dieu, il va inviter dans son humanité. C’est son humanité, sa vie qui devient invitation au changement, comme on suit un chemin en apprenant, étape par étape. Son changement provoque celui des personnes qu’il rencontre.

Il parle directement, il s’adresse, il tient compte des personnes qui sont là. Avec ces 4 là, Jésus n’est pas prophète, il est promesse de leur avenir. Il n’annonce pas quelque chose de général de la part de Dieu, il leur dit une parole qui fait sens pour eux, qui leur donne de voir la promesse de ce qu’ils vont devenir, de ce qu’ils vont vivre. Ca interpelle ça. Le disciple est une personne à qui Dieu adresse par Jésus une parole qui devient son chemin de vie. C’est alors que notre propre conversion prend sens. Elle est incarnée, elle est concrète pour nous. Et ça, c’est une Bonne Nouvelle, un Evangile personnel que nous recevons dans une parole d’accompagnement de la part de Dieu.

Un chemin de vie qui s’il est personnel, n’est pas solitaire. Jésus appelle deux fratries, différentes, qui ne font pas exactement la même chose (l’une lance des filets, l’autre les répare). Et pour que la promesse de leur vie devienne réalité, pour que les 4 deviennent pêcheurs d’humains, il faut ceux qui sont capables de lancer des filets et ceux qui sont capables de les réparer. Un chemin personnel qui se réalise avec les autres appelés dans la complémentarité des compétences. Etre disciple, ça se conjugue au pluriel. Et d’ailleurs dans la Bible généralement on parle des disciples.

Et je crois que c’est justement ce pluriel, qui nous fait basculer vers le Royaume ou plutôt qui rend le Royaume présent. Le Royaume, ce sont des disciples différents et ensemble à la suite de Jésus. Ce sont les disciples qui rendent le Royaume « proclamable » au présent. C’est parce que des personnes font confiance à Dieu et osent réorienter pour lui leurs engagements, leurs métiers, leurs décisions, et qu’ils le font laissant l’autre à côté le faire avec ses mots, avec ses compétences, avec l’intimité de son appel que le Royaume est visible. Ou pour raccourcir encore : le Royaume, c’est vous dans vos rencontres précises, personnelles avec Dieu, qui s’entretissent dans une communauté.

Les disciples font l’Evangile, non pardon : ils vivent l’Evangile et ce faisant ils en sont signes pour les autres. Ils sont, vous êtes Bonne Nouvelle que la présence de Dieu peut changer une vie, la vôtre, les nôtres. Et ça c’est dynamique de transformation du monde.

Alors oui, chez Matthieu, les disciples appelés sont ceux qui font entrer Jésus dans la proclamation du Royaume présent. Ce sont eux à sa suite qui ouvre le passage du Messie. Et tout leur chemin sera apprentissage pour devenir à leur tour annonciateur du Royaume.   C’est à eux que Jésus confiera la mission de faire de « nouveaux » disciples, de baptiser, d’enseigner… et de le faire dans sa présence promise jusqu’à la fin des temps, ça veut dire actuelle. Oui, Jésus est là aujourd’hui avec les disciples de notre temps, avec vous.

Bonne Nouvelle révélée par Jésus à travers Pierre, Jacques et nous tous : Le Royaume est là, toujours là où sont ses disciples qui vont ensemble. Les disciples mettent de la précision où il y avait du flou. Leur existence, votre existence peut être point de focal qui rend visible le Royaume.

A méditer, à discuter en chemin ou autour d’un repas… on évitera juste les œufs… il y a comme qui dirait une pénurie en ce moment.

Amen

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