Le chemin de la vie

Texte de la prédication du 9 mars 2025 d'Andreas Seyboldt (culte de l'AG de l'Entraide)

Lecture biblique :

 

Luc 4, 1 – 13

1 Jésus, rempli de Saint-Esprit, revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit dans le désert.

2 Il y fut tenté par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand ils furent passés, il eut faim.

3 Le diable lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de se changer en pain. »

4 Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare : “L’homme ne vivra pas de pain seulement.” »

5 Le diable l’emmena plus haut, lui fit voir en un instant tous les royaumes de la terre 6 et lui dit : « Je te donnerai toute cette puissance et la richesse de ces royaumes : tout cela m’a été remis et je peux le donner à qui je veux.

7 Si donc tu te mets à genoux devant moi, tout sera à toi. »

8 Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare : “Adore le Seigneur ton Dieu et ne rends de culte qu’à lui seul.” »

9 Le diable le conduisit ensuite à Jérusalem, le plaça au sommet du temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; 10 car l’Écriture déclare : “Dieu ordonnera à ses anges de te garder.”

11 Et encore : “Ils te porteront sur leurs mains pour éviter que ton pied ne heurte une pierre.” »

12 Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare : “Ne mets pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.” »

13 Après avoir achevé de tenter Jésus de toutes les manières, le diable s’éloigna de lui jusqu’à une autre occasion.

 

 

 

Prédication :

 

 

L’investiture de Donald Trump comme président des États-Unis – première super-puissance du monde – a eu lieu fin janvier cette année …

 

L’investiture de Jésus comme « Fils de Dieu » a eu lieu, il y 2000 ans, au jour de son baptême où une voix venue du ciel se fait entendre en proclamant : « Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré » …

 

Je ne sais pas, si Donald Trump, a lui aussi, entendu une voix venant du ciel, mais son élection à la tête de la première puissance économique et militaire mondiale lui confère un pouvoir que l’on pourrait qualifier de « quasi-divin » – à moins que ce pouvoir ne serait pas plutôt « diabolique ».

Il est, en tout cas, comparable au pouvoir que le diable dans le récit de la tentation propose à Jésus : « Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes, parce que c’est à moi qu’il a été remis … Toi, donc, si tu m’adores, tu l’auras tout entier » (Luc 4,6-7) …

Certains chrétiens et chefs d’Église évangéliques aux États-Unis voient en Donald Trump effectivement l’homme « envoyé de Dieu » …

Le mouvement des « chrétiens allemands », proche de l’idéologie nazie dans l’Allemagne des années 30, avait vu en Hitler « l’homme providentiel » envoyé par Dieu … ce contre quoi le l’Église confessante a fortement protesté avec une déclaration publique connue sous le nom de « Déclaration de Barmen » :

Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette seule Parole de Dieu, l’Église pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et pouvoirs, personnalités et vérités, comme évélation de Dieu et source de sa prédication….

 

Qu’est-ce que cela a avoir avec nous ?

Nous ne sommes pas dans ce cercle de pouvoir d’une « super-puissance », nous sommes juste dans le petit cercle d’une petite Église minoritaire, limité dans notre pouvoir d’œuvrer et d’agir – et cela est une bonne nouvelle ! …

Nous allons découvrir, grâce à notre texte, pourquoi et comment …

 

Revenons donc au texte : « La tentation de Jésus »

 

Quand on parle de tentation aujourd’hui, c’est toujours une incitation à céder à quelque chose d’extrêmement désirable. Un délicieux chocolat, un bijou, un objet à la pointe…

Céder à la tentation…

Les publicités nous poussent à avoir, à posséder, à acquérir, comme si c’était cela la tentation suprême.

« Succomber à la tentation » est vécu dans notre société comme l’usage ultime de notre liberté.

 

Avec le récit de la tentation de Jésus, nous sommes très loin de cela… Reprenons le texte au début :

« Jésus, rempli d’Esprit saint (il vient de recevoir le baptême) revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit au désert, où il fut mis à l’épreuve par le diable, pendant quarante jours. »

 

Nous découvrons dans ce verset un curieux trio :

Jésus, l’Esprit et le diable.

Et ce trio est très dérangeant.

L’Esprit pousse Jésus au désert pour le livrer au diable.

Comme ce constat est désagréable à nos oreilles modernes, adeptes du libre-arbitre, de la sacro-sainte liberté, du libre choix en toute chose (n’est-on pas libre aujourd’hui de choisir sa vie, et aussi sa mort… ?)

Or voici que Jésus se laisse faire, se plie au souhait de l’Esprit, vers l’épreuve.

Cela dérange à ce point notre regard moderne que nos Églises ont souhaité réviser, il y a quelques années, la traduction du Notre Père pour enlever ce verset « Ne nous soumets pas à la tentation ».

Car dans la prière du Notre Père, nous trouvons aussi cette affirmation que Dieu nous soumet à la tentation.

 

Ce que Jésus a vécu là n’est pas une mise en scène.

Ce n’est pas une comédie racontée là pour ridiculiser le tentateur. Jésus a été humain, et comme chacun de nous il a été placé en situation de devoir choisir.

Mais quels sont les choix devant lesquels il a été placé, choix tellement fondamentaux qu’ils nous sont présentés au commencement de l’Évangile, juste après le Baptême ?

 

Au moment du Baptême, Jésus est nommé « Fils de Dieu », et c’est sur cette identité que le diable sous son jeu de tentateur :

« Si tu es fils de Dieu, demande que ces pierres deviennent des pains ; si tu es fils de Dieu, jette-toi en bas… »

Le duel s’installe avec le diable, c’est comme un jeu de ping-pong entre Jésus et le diable. Jésus et son adversaire se renvoient non pas une balle, mais des versets bibliques. La parole est le lieu de la liberté pour l’homme, le lieu où il peut et doit risquer sa liberté.

 

Dans ce premier round, Le diable veut que Jésus utilise son titre de fils de Dieu pour lui-même, à son propre compte, pour calmer sa faim. Jésus ne répond pas de manière autonome, il répond en citant un verset du livre de Deutéronome qui ne parle pas du Messie, mais de tout homme (Dtn.8,3).

Être fils de Dieu, c’est d’abord rester un croyant fidèle dont la vie ne saurait se satisfaire de pain seulement.

 

Dans la 2ème épreuve, le diable réitère sa tentative de détourner Jésus de l’obéissance à Dieu et de tirer un profit personnel de ses pouvoirs de fils. Et l’adversaire semble avoir une parfaite connaissance de la Bible, puisqu’il cite lui-même le psaume 91.

C’est très perturbant.

Ce n’est pas parce qu’on cite la Bible à chaque instant, qu’on en a compris le sens et qu’on la respecte…

Se servir de la Bible contre Dieu lui-même, voilà qui me semble terrible, mais nous savons bien comment la Bible a été manipulée au cours des siècles pour justifier tel ou tel acte, décision ou politique nationale.

Là encore, Jésus répond par un autre texte biblique, en soulignant qu’il est bon d’avoir confiance en Dieu, mais que cette confiance ne doit pas déguiser l’intention d’asservir la puissance de Dieu à l’ambition religieuse de l’homme.

 

Dans la troisième épreuve, le diable se dévoile enfin, il s’agit bien pour lui de se faire de Jésus un adorateur. Jésus est placé devant un choix radical, auquel peu d’humain résiste : le pouvoir ou le service filial.

Pour la dernière fois, il répond par une citation du Deutéronome. C’est bien chaque homme et femme qui sont placés devant ces choix. Jésus ouvre la voie à la résistance, dans le service et l’humilité.

Jésus a renoncé à la force messianique, à la volonté de puissance, pour servir et mourir avec la seule autorité qui tenait de son père.

 

La tentation est une épreuve qui met en jeu notre relation à Dieu, notre foi. Dans toutes ces épreuves, Jésus découvre, et nous avec lui, ce que signifie être fils de Dieu :

La faim souligne l’humanité de Jésus. Jésus a été vulnérable, fragile et sensible, comme nous.

Être fils de Dieu, ce n’est pas se blinder, se barricader derrière une invulnérabilité rêvée. Ce n’est pas faire semblant d’être fort.

En conséquence, pour nous, suivre Jésus, c’est accepter nos faiblesses, la limite de nos forces et ce qui nous fait souffrir.

Et savoir que Dieu, en Jésus-Christ, nous comprend.

Qu’il connaît cela, qu’il l’a vécu réellement, pleinement, humainement.

 

Je voudrais revenir encore un instant sur un petit mot que le diable utilise dans chacune de ses tentations : ce le mot « SI » :

« Si tu es le Fils de Dieu », par 2 fois, et la dernière fois

« Si tu tombes à mes pieds pour te prosterner, je te donnerai tous les royaumes… ».

Voilà quel est le mode de relation du diviseur, du diable, c’est le conditionnel.

Si tu fais ceci, je te donnerai cela. Donnant-donnant.

Mais ce mode est le contraire de l’amour…

 

Réfléchissons un peu. Nous sommes si souvent dans ce registre-là. Dans l’éducation des enfants : si tu es sage, tu auras un bonbon.

Si tu as de bonnes notes, tu auras un scooter.

Si tu as ton bac, je te paie le permis de conduire.

Dans nos relations familiales aussi, le calcul n’est pas absent, comme dans toutes nos relations humaines, finalement. S’il fait ça, alors je ferai cela. Je pense que les exemples nous viennent en tête assez vite.

 

Et dans la maladie, ou l’épreuve, c’est aussi ainsi que notre relation avec Dieu s’installe : « si je guéris, ou si je vais mieux, ou si mon proche guérit, je promets que j’irai au culte tous les dimanches… ».

Nous connaissons bien ce marchandage que nous faisons avec Dieu.

 

Et c’est cela la grande erreur de la relation à Dieu, croire que nous sommes dans un donnant-donnant, que Dieu veut obtenir quelque chose de nous, et que nous pouvons influencer d’une quelconque façon, Dieu dans sa relation avec nous.

Si nous pensons cela, alors effectivement, nous sommes dans l’erreur, et même dans le péché.

 

Car le péché, c’est avoir manqué notre cible, nous être égaré, et quel plus grand égarement que de croire que Dieu ne nous aime qu’au conditionnel ?

En Jésus-Christ, nous découvrons que Dieu nous aime plus que tout, au point de se laisser conduire à la mort pour nous le révéler.

Dieu a tellement aimé le monde, sans condition, qu’il a donné son fils, son unique.

 

La tentation la plus difficile de notre vie, c’est de résister aux idées noires qui nous disent que Dieu nous a abandonné, qu’il nous juge et nous condamne, ou encore que pour lui plaire, il faudrait faire ceci ou cela.

 

À travers l’épreuve de Jésus au désert, nous découvrons une fois encore que l’obéissance, l’humilité et le service sont le juste chemin d’une vie à la suite du Christ. C’est le chemin de la vie.

 

Amen

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