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Le royaume de Dieu
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Texte de la prédication du 26 janvier 2025 d'Andreas Seyboldt
Lecture biblique: Luc 2, 22 – 39
22 Puis quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, ils devaient être purifiés, ils l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur 23– ainsi qu’il est écrit dans la loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur – 24 et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petits pigeons.
25 Or, il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint était sur lui.
26 Il lui avait été révélé par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur.
27 Il vint alors au temple poussé par l’Esprit ; et quand les parents de l’enfant Jésus l’amenèrent pour faire ce que la Loi prescrivait à son sujet, 28 il le prit dans ses bras et il bénit Dieu en ces termes :
29 « Maintenant, Maître, c’est en paix,
comme tu l’as dit, que tu renvoies ton serviteur.
30 Car mes yeux ont vu ton salut,
31 que tu as préparé face à tous les peuples :
32 lumière pour la révélation aux païens et gloire d’Israël ton peuple. »
33 Le père et la mère de l’enfant étaient étonnés de ce qu’on disait de lui.
34 Syméon les bénit et dit à Marie sa mère :
« Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël
et pour être un signe contesté 35– et toi-même,
un glaive te transpercera l’âme ;
ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs. »
36 Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.
Elle était fort avancée en âge ; après avoir vécu sept ans avec son mari, 37 elle était restée veuve et avait atteint l’âge de quatre-vingt-quatre ans.
Elle ne s’écartait pas du temple, participant au culte nuit et jour par des jeûnes et des prières.
38 Survenant au même moment, elle se mit à célébrer Dieu et à parler de l’enfant à tous ceux qui attendaient la libération de Jérusalem.
39 Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
Prédication
« Eh bien, je ne sais pas ce qui va arriver maintenant. Nous avons devant nous des journées difficiles. Mais peu m’importe ce qui va m’arriver maintenant, car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne. Je ne m’inquiète plus. Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps. La longévité a son prix. Mais je ne m’en soucie guère maintenant. Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite. Et il m’a permis d’atteindre le sommet de la montagne. J’ai regardé autour de moi. Et j’ai vu la terre promise. Il se peut que je n’y pénètre pas avec vous. Mais je veux vous faire savoir, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre promise. Ainsi je suis heureux, ce soir. Je ne m’inquiète de rien. Je ne crains aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur » (MLK, Autobiographie, p.435).
Ce n’est pas un extrait du discours d’investiture de l’actuel président des États-Unis (vous vous en doutez bien ?), mais l’extrait d’un discours d’un autre Américain : Martin Luther King, pasteur et militant non-violent contre le racisme et la ségrégation dans son pays ! Il a prononcé ces paroles la veille de son assassinat, il y a cinquante-six ans.
MLK, tout comme Moïse en son temps, a pu « voir » la terre promise – sans pouvoir y entrer. …
Terre « ruisselante de lait et de miel » (cf. Dtn.31,20), de nourriture abondante et de douceur.
Terre où il fait bon vivre.
Terre qui signifie la réalisation de la promesse de Dieu.
Promesse incarnée par le Messie – et réalisée pour nous chrétiens, en la personne de Jésus … ce qu’exprime la vision de Syméon :
« Maintenant, Maître, c’est en paix, comme tu l’as dit, que tu renvoies ton serviteur. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé face à tous les peuples : lumière pour la révélation aux païens et gloire d’Israël ton peuple » (Luc 2,29-32). ;
Et celle de MLK :
« Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur » (MLK, Autobiographie, p.435)
MLK comme Syméon ont « vu », et c’est cette « vision » qui opère un changement profond, radical en eux. Désormais, quoi qu’il arrive, ils n’ont plus peur. Ils n’ont plus peur … de mourir.
Ce qu’ils ont « vu » les a fait passer au-delà de la peur pour leur propre vie.
Ce qu’ils ont « vu » de la « gloire de Dieu » était plus fort, plus puissant que les « ténèbres de ce monde » : la « lumière » de la grâce de Dieu est plus forte que les ténèbres !
Ce qu’ils ont « vu » a dépasse le cadre de leur propre existence :
La « terre promise », la « gloire de la venue du Seigneur » désignent une réalité qui est au-delà de celle que nous connaissons et dans laquelle nous vivons.
Une réalité qui se laisse apercevoir, qui est même « à portée de main » – et qui, en même temps, reste encore à venir. …
C’est ce que Jésus, devenu adulte, dira du Royaume de Dieu: « Que ton Règne vienne » (Mt 6,10), invite-t-il ses disciples à prier, alors qu’il est déjà « là » : « En effet, le Règne de Dieu est parmi vous » (Luc 17 , 21)
C’est déjà l’expérience du peuple d’Israël dans sa marche à travers le désert – lorsqu’il se trouve au seuil la « terre promise ».
Cependant, lorsqu’il y sera, enfin, entré, et lorsque David et Salomon y auront installé leur règne, cela ne sera pas un pays où « couleront le lait et le miel » : la nourriture en abondance et la douceur de la paix et de la justice.
Ce ne sera pas non plus le Royaume de Dieu annoncé par Jésus où régneront la paix et la justice de Dieu ! …
Serait-ce alors une tromperie, un mensonge de promettre « une terre », un « Royaume » qui, finalement, semble rester en dehors d’une réalisation concrète ?
À quoi bon d’espérer, d’attendre, de croire à quelque chose qui, finalement, n’arrivera pas ?
L’espérance et la foi d’un règne de paix et de justice à venir, ne serait-elle possible qu’aux gens un peu naïfs, un peu simples d’esprit qui ne se rendent pas compte de la réalité du monde et de la vie telle qu’elle est ? …
Peut-être faut-il être, en effet, un peu « naïf » et « simple d’esprit » :
avoir gardé une « foi d’enfant » pour pouvoir espérer au-delà de ce qui paraît possible, réalisable à vues humaines :
« En vérité, je vous le déclare », dis Jésus, « qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas » (Marc 10,15).
Et il ajoute, dans ses béatitudes : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! » (Matthieu 5,3) …
En effet, ce qu’ont « vu », à la fois Syméon et MLK, c’est, visiblement, une autre réalité que celle qui se confond avec la « réalité du monde ».
Une réalité, certes, invisible à celle ou celui qui n’y croit pas, mais capable de susciter courage, persévérance et espérance chez celle ou celui qui « a vu ». …
Mais, alors, qu’ont-ils vu, au juste, MLK et Syméon ?
Quelle est cette vision extraordinaire qui a suscité en eux une telle « foi », une telle « espérance » – malgré les apparences ?
L’un comme l’autre, durant leur vie, n’ont cessé d’attendre, de s’engager pour la « justice » de Dieu, pour l’avènement de son « royaume », de son « salut ».
Non seulement pour leur propre personne, leur propre famille, leur propre peuple, mais pour « tous les peuples », comme le dira Syméon – et c’est même d’abord, la révélation du salut de Dieu « aux païens », et non pas, exclusivement, au peuple d’Israël.
Pour toutes les nations vivant encore sous le joug de l’injustice, de la ségrégation raciale – et sociale, dira MLK. …
Syméon et les autres prophètes de la Bible, tout comme MLK en son temps, étaient durement confrontés aux échecs – malgré certains avancements ou améliorations.
Et aujourd’hui, ni aux USA ni en Israël ni ailleurs où vivent des Églises chrétiennes on peut parler sérieusement de la réalisation de la promesse du « salut pour tous les peuples » – sans discrimination raciale, culturelle ou religieuse.
Mais ni MLK, ni Syméon ont été aussi « naïfs » de croire que le « salut de Dieu » qu’ils ont aperçu signifierait harmonie et abolition de conflits et de souffrances.
MLK se doute que lui-même – tout comme Moïse jadis – ne va peut-être, pas arriver personnellement en cette « terre promise ».
Syméon, dans la suite, en s’adressant à la mère de l’enfant Jésus, annoncera « la chute » pour beaucoup et le « glaive qui te transpercera l’âme » :
Dieu qui vient au monde dans la fragilité et la vulnérabilité d’un nouveau-né est et restera un « signe contesté » dans un monde dominé par la violence et les luttes de pouvoir.
Un monde qui, jadis comme aujourd’hui, est fasciné par la « folie des grandeurs » ! Jésus, devenu adulte, en payera le prix à la croix de Golgotha, tout comme les apôtres et les témoins de son Évangile de l’amour et de la non-violence après lui, tel que MLK !
Et pourtant, comme Syméon il a « vu », la « terre promise », le « salut », la « révélation de la gloire de Dieu ».
Ils ont vu cette réalité de Dieu qui est au-delà de la nôtre – invisible à nos yeux extérieurs – mais « brillante étoile du matin » qui a guidé les Mages « au-dessus de l’endroit » (cf. Matthieu 2,9) où ils trouvent « l’enfant couché dans la mangeoire », (Luc 2,16). …
C’est ce qu’aura, non seulement vu, mais encore « touché » Syméon : dans le texte, nous lisons qu’il « prit l’enfant dans ses bras » ; littéralement, il le « reçut ». …
Avez-vous déjà ressenti une telle paix, une telle joie, au point de croire tenir le monde entier dans vos bras ? C’est ce que Syméon a vécu en tenant le petit Jésus !
Je crois, que ce n’est pas pour rien que Luc décrit le « salut » promis par Dieu en la personne d’un petit enfant :
Dieu qui se donne à connaître, à recevoir dans le corps d’un nouveau-né, c’est pour nous inviter à accepter notre propre humanité – et celle de notre prochain : fragile, vulnérable et imparfaite.
Il y devient visible – et même touchable – que la vie que Dieu veut pour nous vient au monde dans la fragilité et dans l’imperfection de notre existence humaine.
Dieu qui se donne à connaître dans « l’enfant Jésus », c’est pour nous préserver de chercher Dieu « au-dessus de nous », dans un ailleurs « purifié » : meilleur, parfait et sans faille ; un Dieu qui exigerait de nous une conduite parfaite et ne provoquerait, en conséquence, que des expéditions punitives à l’égard de celles et ceux qui ne sont pas conformes à cette perfection et cette « pureté ». …
Dieu se révèle dans ce petit enfant fragile, vulnérable, menacé qui demande à être « accueilli », à être « bercé dans nos bras »…
Et qui donne alors à notre vie un « sens nouveau » une « orientation nouvelle » où ce n’est plus nos propres forces et mérites qui comptent, mais la réalité d’un Dieu dont la puissance est celle d’un Amour, d’une bienveillance et d’une tendresse sans limites ni conditions …
Et partout où, dans nos relations les uns aux autres, cet Amour et cette tendresse, cette compassion pour notre prochain est présent, Dieu même est là – et son Royaume est au milieu de nous !
Amour plus fort que nos échecs, nos manquements, nos vies fragiles et inachevés ; Amour qui nous attend encore au-delà de cette vie terrestre ; Amour qui gardera la victoire : Amour plus puissant que la mort !
Le vieux Syméon, tout comme, la prophétesse Anne, tout comme MLK et les témoins de l’Évangile après eux, n’ont pas cessé d’y croire tout au long de leur vie !
Nous pouvons nous unir à eux pour chanter notre reconnaissance et notre joie pour l’Amour de Dieu et « son soleil de justice » qui « se lève sur nos jours »
Amen.