Le Royaume de Jésus

Texte de la prédication du 18 janvier 2026 de la pasteur Gwenaël Boulet

Romains 14, 17-19

17Car le Règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint. 18C’est en servant le Christ de cette manière qu’on est agréable à Dieu et estimé des hommes. 19Recherchons donc ce qui convient à la paix et à l’édification mutuelle.

Matthieu 13.44-46

44Le royaume des cieux ressemble à un trésor caché dans un champ. Quelqu’un le trouve et le cache de nouveau. Il est si heureux qu’il va vendre tout ce qu’il possède et achète ce champ.

45Le royaume des cieux ressemble encore à un marchand qui cherche de belles perles. 46Quand il a trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède et achète cette perle.

Prédication

Nous continuons notre découverte du Royaume des cieux. Voilà que Paul nous le dit clairement le Royaume de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit. C’est du style direct, sans nuance, c’est du Paul. L’avantage, c’est que ça se retient facilement. Le petit hic, c’est que ça nous tombe un peu dessus comme une affirmation toute faite… comme si nous n’avions rien à découvrir de nous-mêmes, comme si c’était comme ça un point c’est tout. Alors je propose : Gardons-le en tête et explorons l’Evangile !

Encore une fois pour Jésus parler du Royaume des cieux, c’est parler de dynamiques humaines. Deux hommes, un de la campagne, l’autre du commerce maritime, et les deux qui ayant trouvé quelque chose d’extraordinaire, un trésor ou une perle, filent pour vendre tout ce qu’ils ont et acquérir qui le champ, qui la perle.

Les deux histoires sont simples, faciles à retenir, à se transmettre de génération en génération, et les deux histoires restent vagues sur le Royaume. A la différence de Paul, pas de description précise à l’image d’un plan de ville, pas de constitution ou de charte fondamentale… non, juste les creux qu’offrent les contes et les paraboles pour que chacun et chacune de nous puisse s’y glisser. Juste la force de l’interprétation qui rejoint nos vies. Mais comme chez Paul, il y a là aussi une radicalité de la conversion. Une conversion qui prend racine dans le quotidien, qui s’offre pour Jésus sans spectaculaire, sans trompettes, sans anges, sans visions.

Simplement le Royaume a l’air de venir chambouler les vies des personnes. C’est comme s’il était une rencontre qui donne un nouveau départ. Alors ces textes nous invitent à nous demander : qu’est-ce qui pourrait bien chez moi, dans ma vie, dans mon quotidien créer un tel renversement de situation ? ou a posteriori qu’est-ce que j’identifie comme ayant été, dans ma vie, si important que j’ai accepté de lâcher le reste ?

La réponse toute faite n’existe pas, mais l’engagement que cela demande, tout remettre de ce qu’on a, s’en défaire pour une seule chose nous laisse bien entendre qu’il n’est pas question ici d’acquérir un bien matériel. Ca parait fou à entendre, c’est déraisonnable au possible, mais la rencontre avec Dieu « peut être », oserai-je un « est » de cet ordre-là, d’un renversement de ce que nous connaissons, de ce qui nous parait établi par ailleurs dans le monde, dans nos sociétés.

Et d’un renversement qui nous conduit à la nouveauté. Une transformation, comme quand l’amour déboule dans nos vies : celui d’un compagnon, d’une compagne, d’un enfant, d’un ou d’une amie. Une rencontre qui nous donne une place, qui nous positionne et nous donne une identité ! Il y a de cela dans l’essentiel qui devient dynamique de vie pour la personne qui croit. Il y a comme d’une force qui dit qui « vous êtes » avec tendresse, avec aplomb : Dieu qui donne votre identité dans la découverte du Royaume.

A discuter de notre foi, à témoigner de ce qui nous est essentiel comme croyant, comme croyante, nous nous rendons bien compte qu’il est difficile de dire en deux ou trois mots, en une idée simple ce que la rencontre avec Dieu a créé en nous. Aux yeux du monde nous passons parfois pour des illuminés, et quand nous essayons de rationaliser notre foi, nous sommes vite rattrapés dans les méandres philosophiques… et comme on n’a pas de preuve scientifique de l’existence de Dieu, alors nous dit-on « il n’existe pas »… et sans Dieu pas de Royaume… voilà le Royaume ne se dit pas… ou si mal, si difficilement.

Mais quand on prend le temps de parler, quand on prend le temps aussi de reconnaitre que c’est l’incroyable d’une rencontre et quand on pose des choix de vie en accord avec cette rencontre, alors ça change tout. Même si d’autres ne croient pas, ils discernent et reconnaissent la cohérence de nos vies. Ils reconnaissent aussi que ces vies sont guidées, animées par autre chose que l’air du temps. Le Royaume se vit.

Et il se vit et se reconnait autour de ces fondements que nous rappellent l’apôtre Paul : la justice, la paix et la joie ! Folies pour le monde aujourd’hui, mais depuis toujours en fait, et pourtant sagesse de Dieu, indispensables de vie, essentiels s’il en est ! Il est bien plus que cela le Royaume parce qu’il est votre rencontre avec Dieu. Mais si on devait dire à quoi on le reconnait, si on devait dire ce qui est un fil rouge dans les vies des personnes rencontrées par Dieu, alors on retrouverait la paix, la justice et la joie… la paix, ou la justice ou la joie… et vous mettez toutes les variations que vous voulez. Mais c’est là… quelque part ! Et même pour l’homme au champ, c’est la joie qui le conduit à repartir et à tout quitter pour acheter le champ. La joie, c’est peut être dans nos vies personnelles le signe le plus visible du Royaume. Pas une joie béate, mais une joie dynamique qui pousse à l’action, qui met en œuvre.

Les deux histoires du jour nous racontent déjà que dans nos vies, le Royaume se trouve, qu’il est possible que la paix, la justice et la joie soient vécues. Il peut être recherché le Royaume. Comme le marchand des mers nous pouvons sentir parfois que nous sommes en quête : par manque ou par recherche d’absolu. Il est possible aussi qu’on tombe dessus par hasard au détour des travaux de la vie. Comme l’homme qui creuse un champ, et qui découvre un trésor, comme un coup de foudre peut nous surprendre à tout instant. Peu importe, il n’y a pas qu’un seul chemin qui conduit au Royaume, parce qu’en fait, il est déjà là, mais caché ou hors de notre vue, de nos habitudes. Le chemin, c’est la vie, votre vie, car Dieu s’y niche quelque part depuis Noël, et qu’il est Emmanuel : Dieu parmi nous.

Et le Royaume, il engage à le protéger, à veiller sur lui. L’homme au champ recache le trésor, il achète le champ et il laisse le trésor dedans. Il ne l’utilise pas, il ne le diminue pas ce trésor en piochant dedans… c’est vrai ça, on aurait pu s’imaginer qu’il prenne de l’argent du trésor pour acheter le champ, mais non ! Le Royaume est un tout. On ne le consomme pas le Royaume. On le contemple et on le partage. C’est très différent. Il demeure accessible à une autre personne, qui viendra peut-être un jour dans ce champ découvrir aussi le trésor.

Acheter le champ, c’est être porté par la joie de la rencontre et ressentir l’importance de prendre soin de ce qui a permis cette rencontre. C’est un peu comme protéger l’espace… faire en sorte que le trésor ne soit pas volé, ne soit pas dépouillé et c’est aussi peut être reconnaitre la valeur que ce Royaume donne au champ, comme il la donne à vos vies. Le champ a le prix extraordinaire du trésor, vos vies ont la beauté, la richesse de la présence de Dieu. Elles ont le prix de la rareté : la justice, la paix et la joie…  Oui rareté que notre époque fait ressurgir. Rareté dans notre temps. Ce qui est beau et rare, c’est à protéger coûte que coûte, vaille que vaille.

Protéger et aussi embarquer dans nos poches pour poursuivre nos routes. Le marchand achète la perle. En grec, il cède ce qu’il a, il vend ce qu’il  retenait, ce qui était son esclave… il vend sa place de maître, il délaisse sa domination… La perle est dans le creux du texte, ce qui le libère de son contrôle, et de sa puissance.

Embarquer dans nos poches, je disais. C’est pas très grand une perle naturelle. Et le prix tient à sa pureté, à la perfection de sa sphère, à ses couleurs tout autant qu’à sa taille. Ce n’est pas très grand, on peut l’emmener partout. Souvent on en fait un bijou. On porte la perle en bracelet, en collier… elle embellit nos vies, elle est de toutes nos fêtes, et elle se transmet aux générations futures. A l’image de la perle, le Royaume vit avec nous, dans nos jours, dans nos fêtes. Il est pour nous, comme il l’était pour nos parents, et comme il le sera pour nos enfants. Il embellit nos vies, discrètement mais sûrement.

Aujourd’hui partageons nos essentiels de paix, de justice et de joie. Ce que nous découvrons, ce que nous recevons, vivons-le ! Et alors d’autres pourront en vivre aussi. Et à leur tour, ils porteront le Royaume par petites touches dans leurs gestes, leurs paroles, leurs fêtes…

Le Royaume est là ! A portée de nos vies !
Une présence discrète qui transforme nos vies de l’intérieur.

Qu’en cette année nous en discernions les signes,
Que nous dénichions ces trésors,
Qu’avec nous des perles de justice et de paix viennent éclairer notre monde, et qu’elles redonnent un peu de joie à notre temps.
Amen

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