Lectures bibliques
Actes 8 :5-17
Philippe, qui était descendu dans la ville de Samarie, y proclama le Christ. Les foules, d’un commun accord, s’attachaient à ce que disait Philippe, en apprenant et en voyant les signes qu’il produisait. Car des esprits impurs sortaient de beaucoup en poussant de grands cris, et beaucoup de paralytiques et d’infirmes furent guéris. Il y eut une grande joie dans cette ville.
Un nommé Simon, qui se trouvait déjà auparavant dans la ville, y exerçait la magie ; il stupéfiait le peuple de Samarie et se disait quelqu’un de grand. Tous, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, s’attachaient à lui et disaient : Cet homme-là est la puissance de Dieu, celle qui s’appelle la Grande. Ils s’attachaient à lui parce qu’il les avait longtemps stupéfiés par sa magie. Mais quand ils eurent cru Philippe, qui leur annonçait la bonne nouvelle du règne de Dieu et du nom de Jésus-Christ, ils reçurent le baptême, hommes et femmes. Simon lui-même devint croyant et reçut le baptême ; il était assidu auprès de Philippe et voyait avec stupéfaction les signes et les grands miracles qui se produisaient.
Quand les apôtres qui étaient à Jérusalem apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, ils leur envoyèrent Pierre et Jean. Ceux-ci, une fois descendus chez eux, prièrent pour eux afin qu’ils reçoivent l’Esprit saint. – Car celui-ci n’était encore tombé sur aucun d’eux ; ils avaient seulement reçu le baptême pour le nom du Seigneur Jésus. – Alors Pierre et Jean posèrent les mains sur eux, et ils reçurent l’Esprit saint.
Jean 14 :15-21
Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur pour qu’il soit avec vous pour toujours, l’Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il sera en vous.
Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous. Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez, parce que, moi, je vis, et que vous aussi, vous vivrez. En ce jour-là, vous saurez que, moi, je suis en mon Père, comme vous en moi et moi en vous. Celui qui m’aime, c’est celui qui a mes commandements et qui les garde. Or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui.
Prédication
Je dois avouer que les textes d’aujourd’hui ne sont pas simples je trouve… Baptême au nom de Jésus… baptême de l’Esprit… Et puis le passage de l’Evangile de Jean, avec le Père en moi, moi en vous, vous en moi… Bref, nous voilà en plein cœur du sujet de la Trinité, sujet qui, je crois qu’on peut le dire, est assez complexe ! Alors aujourd’hui, je vais essayer, avec vous, de mettre des mots sur le plus complexe des trois piliers de cette trinité : l’Esprit.
- Un Esprit qui libère
Revenons à ce passage du livre des Actes. Jésus vient d’annoncer à ses disciples, les apôtres, qu’il va les quitter, qu’il s’en va. La tristesse et l’angoisse sont certainement les sentiments qui les habitent. La peur de l’abandon, voilà un sentiment que chacune ou chacun de nous a peut-être déjà connu, et qui se traduit par une grande fragilité, qu’elle soit assumée ou non. Celui ou celle qui a perdu un parent, ou un être cher, connaît le poids de ce vide, de ce manque. Et c’est ce que ces disciples s’apprêtent à vivre. Au-delà d’être devenu un très proche, à travers le départ de Jésus, c’est leur boussole, et avec, toute leur espérance, qui sont prêtes à s’envoler. Mais Jésus va avoir ces paroles pour eux, qui leur disent clairement qu’il ne les laissera pas orphelins, qu’il leur donne l’Esprit qui sera avec eux pour toujours. Ils peuvent donc avoir confiance, se relever et repartir sur leur chemin, accompagné du Christ, présent à leurs côtés, à travers cet Esprit. Ils vont pouvoir à nouveau compter sur la puissance de l’amour de Dieu. Cette croix, ce n’est donc pas un point final, ce n’est pas la fin….
Jésus le dit : « mais vous, vous me verrez, parce que, moi, je vis, et que vous aussi, vous vivrez. ». De la mort, Jésus se relève et nous relève, pour que nous vivions et qu’il vive en nous. Nous sommes ainsi assurés d’être libérés de nos jougs, de nos peurs, de nos enfermements, et de la souffrance qu’apporte chacune des épreuves sur notre chemin. Nous sommes libérés de ce que j’ai coutume d’appeler « nos petites morts ». Vous avez sûrement déjà vécu cela, une épreuve qui vous terrasse, qui vous fait tomber plus bas que ce que vous pensiez imaginable… Et puis un jour la lumière revient, la paix et la sérénité reprennent leurs droits. L’épreuve a été une réalité, mais, parfois contre toute attente, elle n’a pas eu raison de vous, vous l’avez dépassée… Eh bien dans ma croyance, je suis intimement convaincue que cet Esprit, ce défenseur que Jésus nous a laissés, il n’y est pas pour rien … L’Esprit que Jésus nous laisse est définitivement un Esprit qui nous libère, un Esprit qui nous relève et qui nous met en route, avec confiance et espérance, avec l’assurance que Dieu est bien là, présent à nos côtés.
Jésus donc, nous laisse cet Esprit, un Esprit qui nous libère. Mais au-delà de nous libérer, de nous délivrer de nos diverses emprises, cet Esprit que nous laisse Jésus, c’est aussi un Esprit qui nous éclaire.
- Un Esprit qui éclaire
Jésus parle de l’Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Les apôtres eux, et sans doute par extension les chrétiens, qui sont censés, par le baptême évoqué tout à l’heure dans le passage du livre des Actes, être nés à nouveau de l’Esprit, les disciples de Jésus donc, connaissent cet Esprit de vérité, qui demeure auprès d’eux et qui est en eux.
Et nous ? Est-ce que nous le connaissons ? Est-ce que nous l’avons reçu ? Je crois que cet Esprit nous permet de regarder le monde avec humilité et sagesse, mais aussi avec courage et espérance. C’est ce même Esprit qui nous donne d’accueillir ce qui nous arrive avec reconnaissance, ou avec confiance et sérénité. C’est cet Esprit qui nous permet de reconnaître les bénédictions, mais aussi d’accepter humblement que l’on ne peut pas tout comprendre ni maîtriser. C’est cet Esprit qui nous permet de discerner la présence de Dieu à nos côtés.
A travers cet Esprit de vérité, Dieu nous donne de regarder le monde et notre prochain autrement qu’avec les codes, les normes que nous donne la société. Nous sommes appelés à regarder l’autre non pas selon sa force ou ses mérites, selon son appartenance sociale ou ses preformances, mais avec tout ce qu’il est, sans jugement, à l’image d’un enfant aimé de Dieu. Dieu nous offre des lunettes pour changer notre grille de lecture, pour discerner le bon, le bien, chez chacun et chacune, et aussi dans ce monde.
Pour autant, ça paraît un peu simple à dire tout ça… Avec toutes ces guerres dans le monde, la souffrance de populations entières, la violence et l’abus des plus puissants, les injustices et les atrocités qui deviennent le quotidien… comment ne pas désespérer ? Eh bien je crois que c’est dans ces moments-là que l’Esprit est là pour nous consoler, et nous encourager à ne pas rester passifs. Il pleure également, comme nous, mais en même temps il nous porte, et nous promet, comme Jésus nous l’a dit, qu’il sera avec nous pour toujours. Personne ne sait quand finiront ces guerres, quand s’arrêtera toute cette souffrance, mais je crois que c’est notre rôle de chrétiens et de chrétiennes, de prier, d’espérer que demain soit meilleur, et de dénoncer les injustices. Nous avons la ferme assurance que Dieu ne nous abandonne pas ; il est là, à nos côtés. Avec le discernement que Dieu nous donne à travers son Esprit, et en reconnaissant en même temps avec humilité notre limite, nous sommes appelés à être dans ce monde des ouvriers de paix.
Et sans nier la réalité du mal, il nous appartient de discerner sa présence dans notre quotidien, dans une rencontre, un sourire partagé, un geste accueilli… Non, tout n’est pas tout beau tout rose, et les ténèbres de ce monde sont une réalité ; mais à travers l’Esprit qui nous éclaire, Dieu nous offre la lumière et nous donne de poser sur ce monde un regard d’amour et d’espérance. C’est à mon sens aussi comme cela, qu’éclairés par l’Esprit, nous sommes invités à être ces ouvriers de paix.
Après avoir parlé de cet Esprit qui nous libère et qui nous éclaire, nous arrivons à notre troisième et dernier point.
- Un Esprit d’amour
Nous venons de finir notre deuxième point en évoquant le regard d’amour et d’espérance que Dieu nous invite à poser sur ce monde. C’est étonnant, le nombre de fois où revient le verbe aimer, dans ce passage de l’Evangile de Jean que nous avons lu ce matin, et dans cet Evangile en général. L’Evangéliste rapporte les paroles de Jésus : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » Et il le répète encore à la fin du passage. Je me suis posé la question, et vous peut-être également, quels sont donc ces commandements ? S’agit-il du décalogue laissé à Moïse sur les deux tables, les 10 commandements, ou 10 paroles ? S’agit-il des deux commandements donnés par Jésus, et qui résument eux-mêmes ces 10 commandements ? Aimer Dieu, et aimer son prochain ? Sûrement… mais pas si simple comme programme… Quand on voit certaines personnes qui représentent tout ce qu’on désapprouve, ou qui nous font du mal, ou certains dirigeants autoritaires à l’origine d’atrocités, des personnes dont on aurait vraiment envie de dire qu’elles « incarnent le mal » … est-ce qu’on a vraiment envie de les aimer ?
Alors, une question préalable serait… Qu’est-ce qu’aimer ? Pour l’avoir vécu personnellement ces dernières années, je crois qu’on peut complètement désapprouver et condamner les actes d’une personne, et en même temps l’aimer. Bien sûr, c’est très important de dire et de mettre ses limites, et « aimer » ne signifie pas « tout accepter ». Cependant, il est possible, voire salutaire parfois, de dissocier, de distinguer, la personne de ses actes. Et je pense que c’est comme ça que Dieu aime chacun de nous inconditionnellement, et qu’il nous appelle à aimer les autres. Alors bien sûr, ce n’est pas moi seule, Rova, avec mes petits bras et ma seule volonté, qui peux entreprendre ça… Toujours dans ma foi, je pense que cet Esprit, qui m’a libérée et continue à me libérer de cette épreuve, et qui me donne aussi un esprit de discernement pour ne pas fermer les yeux et accepter ces actes odieux… cet Esprit donc, m’aide à voir aussi que cette personne, ce n’est pas « que ça ». Cette personne a aussi du bon, et surtout, elle est enfant de Dieu, comme moi. A travers son Esprit d’amour, Dieu m’aide à essayer de pardonner et d’aimer les autres avec ce qu’ils sont. Ce n’est pas toujours facile, c’est même je pense ce qu’il y a de plus dur ; mais quand on tend vers cela, c’est tellement libérateur !
Aimer, c’est aussi je crois, prendre soin des autres. C’est ce que font par exemple les bénévoles de l’Entraide, ou quand on aide une personne âgée à traverser, quand on donne de son temps ou de son argent pour les autres… Mais parfois, prendre soin de l’autre, c’est juste l’accueillir, l’écouter, sans jugement, avec bienveillance. Lui laisser la place. Le Dieu que nous prions est un Dieu qui est en relation, et qui se fait discret dans nos vies pour nous laisser la place et la liberté de grandir. C’est ce genre de relation, je crois, que Dieu nous appelle à vivre : accueillir l’autre, lui faire de la place dans nos vies, une juste place. L’accueillir pas pour ce qu’il va nous apporter, nous donner, mais pouvoir se décentrer et lui faire une place sans contrepartie, sans retour attendu, gratuitement. Alors dit comme ça, c’est sûrement moralisateur et facile à dire, et pas forcément toujours dans la nature humaine…. Encore une fois, c’est fortifié de cet Esprit d’amour que Jésus nous donne, que nous pouvons poser ce regard bienveillant sur l’autre et lui laisser cette juste place. Et c’est justement parce que nous sommes libérés de nos propres enfermements, et éclairés pour discerner le bon, que l’Esprit nous donne cet élan d’amour qui nous permet de prendre soin du prochain !
Conclusion
L’Esprit Saint, comme je l’ai dit au début, c’est sans doute le plus difficile des trois piliers de la Trinité chrétienne à appréhender. Dieu, Jésus, ça va encore… mais souvent l’Esprit Saint, c’est un peu un mystère… Il y a ce verset dans ce même Evangile de Jean : « Le vent souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il ne vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit. ». Finalement, c’est un peu ce mystère qu’évoque l’Evangéliste. Mais je crois que ce qui importe, ce n’est pas d’où il vient, mais quels sont les fruits qu’il produit, les résultats, les bienfaits. Ce sont à ces fruits qu’on reconnaît sa présence. Et en écrivant cette prédication pour aujourd’hui, en décrivant cet Esprit libérateur, cet Esprit qui nous éclaire et cet Esprit d’amour, cela m’a fait peneré à un verset sur lequel j’avais prêché il y a quelques temps, mais qui vient lui de l’apôtre Paul : « Ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse »
Alors cet Esprit ? Avez-vous senti sa présence, ses effets ? Chez vous-mêmes ou chez d’autres ? Peu importe finalement le nom qu’on lui donne, que chacun et chacune d’entre vous puissiez repartir en chemin avec cette présence à ses côtés !
Amen