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Marthe et Marie
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Texte de la prédication pour le culte du 13 octobre 2024 par Gwenaël Boulet
Lecture Luc, 10,38-42
38Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village, et une femme du nom de Marthe l’accueillit dans sa maison.
39Elle avait une sœur appelée Marie, qui s’assit aux pieds de Jésus et écoutait ce qu’il disait.
40Marthe était affairée aux nombreuses tâches du service. Elle survint et dit : « Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de venir m’aider. »
41Jésus lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses,
42mais une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, elle ne lui sera pas enlevée. »
Prédication
Avez-vous déjà eu le sentiment de vouloir tout faire à la fois, de vouloir être partout à la fois ?… Être à la fois au four et au moulin ? … comme on dit ! Oh, je crois bien que oui ! Alors, vous n’aurez sans doute pas de mal à vous glisser dans le personnage de Marthe.
Ca y est ? Vous y êtes dans la maison d’un coin de la Palestine à l’époque romaine ?
C’est une maison dans laquelle on s’affaire dur. C’est un peu le branle-bas de combat pour Marthe. Elle semble courir dans tous les sens pour le service. Une troupe de disciples autour de leur maître à nourrir… et une sœur qui ne fait rien ! Oulala… c’est vraiment beaucoup de choses qui reposent sur les épaules de la pauvre Marthe.
Euh… une troupe de disciples ? Vous êtes sûrs ?… Voyons voir le texte… A non, Jésus est entré seul dans le village… il est accueilli seul chez Marthe. Ils ne sont que 3 dans la maison. Et vous conviendrez avec moi, que préparer un repas pour 3 personnes ce n’est pas l’affaire du siècle. Alors pourquoi court-elle comme ça Marthe ?
Elle me fait un peu penser à moi quand un, une amie que je ne vois pas souvent débarque dans le coin et qu’un peu sur un coup de tête, je décide l’inviter comme ça, de le recevoir chez moi. Et c’est ce que fait Marthe, elle reçoit chez elle Jésus.
Mais voilà, flûte, le frigo est vide ou presque… des œufs, un peu de fromage râpé. Si on a de la chance, des tomates cerises, deux carottes… avec un peu d’imagination on peut en faire quelque chose. Il n’y a pas qu’à moi que ça arrive ça… Alors nous préparons quelque chose dans la cuisine, mais en même temps ça discute dans le salon… et zut… nous ne voulons pas louper ça… donc on fait des allers-retours, on s’épuise, on rate le repas et la discussion… agaçant, n’est-ce pas ?
C’est agaçant parce qu’on aimerait bien être à la hauteur de l’amitié qui nous unit. Et comme l’amitié, c’est un don réciproque entre deux personnes, on aimerait bien offrir, tout autant que recevoir. Entre donner et profiter de la présence : notre cœur balance. Et nos pieds aussi, vers la cuisine, vers l’invité, de plus en plus vite, comme une danse qui n’arrive pas vraiment à trouver son rythme et qui conduit à la chute… C’est dans ces cas-là qu’on se prend les pieds dans le tapis.
Revenons à Marthe qui en recevant Jésus chez elle, reconnait qu’il est quelqu’un de particulier pour elle. D’ailleurs elle l’appelle Seigneur. Elle lui donne un nom qui le singularise. Pour autant elle, la femme, elle n’a aucune obligation politique ou religieuse à le recevoir. Si elle le fait, c’est que la présence de Jésus compte pour elle. Elle l’invite gratuitement. C’est un choix libre. Elle n’attend rien de lui… il n’y aura pas de miracle, pas de guérison… rien de spectaculaire. Juste l’histoire simple de Jésus qui partage un repas avec des proches… et pour nous aujourd’hui, l’histoire de Dieu qui est là avec nous dans la simplicité de nos vies.
Marthe, c’est librement qu’elle va s’affairer. Son service est un acte d’amour, de reconnaissance… Il n’y a aucune contrainte sur ses épaules, aucune pression, autre que celle qu’elle va se mettre, jusqu’au trop-plein de l’agacement.
Pourtant tout partait d’une bonne intention : pour le Seigneur, c’est certain, c’est une merveille de repas qu’il convient de préparer même avec trois fois rien. Tout doit bien être pensé, ajusté…
A regarder nos vies en Eglise, de l’organisation générale d’un lieu comme notre Centre paroissial, aux petits détails du réglage du vidéoprojecteur pour que tout le monde voit bien, je me dis, que nous sommes souvent des Marthe en série, capables de réalisations les plus belles avec un peu de débrouille, un peu d’envie, et surtout beaucoup de cœur à l’ouvrage. Ici, c’est un peu comme une fourmilière de Marthe au service de Dieu !
Si nous faisons tout ça, c’est parce que ça nous semble important que tout soit bien. Pour nous, agir de la sorte, en soignant l’accueil, en peaufinant un culte avec toute la technique qui va avec aujourd’hui, en organisant la braderie, en rédigeant Ensemble, ou en pensant la communication, c’est respecter la personne qui vient à notre rencontre. A travers elle, c’est respecter le Seigneur, la relation qui nous unit à lui. C’est ce qui nous semble juste ! C’est un peu aussi notre manière de le remercier d’être là avec nous et de venir nous visiter, même à l’improviste. Il y a beaucoup de générosité qui s’exprime dans toutes ses actions. Et c’est beau.
Ce serait aller trop vite, que de dire que nous nous trompons quand nous investissons ainsi le service, quand nous sommes généreux. Et même plus, ce serait faux de le dire ! Car Jésus ne reproche rien à Marthe. Il ne lui dit aucunement d’arrêter de faire ce qu’elle fait. En vérité, il respecte son service, son choix de relation par l’action et par le don de ses compétences.
Jésus va parler à Marthe non pas pour l’arrêter, pour lui dire que rien ne va, et qu’elle ferait mieux de venir sur le champ écouter ce qu’il a à dire. Non, il ne fait pas ça. Ce qu’il fait, c’est qu’il répond à l’agacement de Marthe qui semble s’épuiser et reproche à sa sœur de ne pas fonctionner comme elle.
Sa parole est une réponse, et c’est important. Une réponse à un mal-être, à une situation qui n’est pas ou plus ajustée. Il lui dit en résumé : « Tu en fais trop. Ce n’est pas nécessaire d’en faire autant… une seule chose suffit ». On ne sait pas laquelle. Souvent on dit que la chose qui suffit, c’est d’écouter comme Marie. Mais le texte ne dit pas ça. Il dit que dans le service que propose Marthe, une chose est suffisante… on peut tout à fait entendre, imaginer qu’un seul plat lui suffit à Jésus… un peu de pain 😉 Allez, peut-être un peu de vin pour accompagner.
Et pour nous ? Un engagement, un don en fonction de nos possibilités. Plus si c’est dans la joie et si ça ne nuit pas à nos relations avec nos frères et sœurs. Dieu nous rappelle seulement qu’il n’a pas besoin d’une cascade d’engagement, si cela créé en nous un mal être, qui nous conduit inéluctablement à râler et à regarder les autres de travers, parce que nous pensons qu’ils en font moins que nous. Ce dont parle Jésus, c’est, je crois, de la juste mesure à trouver pour chacun et chacune d’entre nous. Et c’est vrai dans tous les domaines de la vie. Oui, une chose suffit quand elle est vécue pleinement.
Derrière l’agitation de Marthe, il y a la discrétion de la sœur. On ne la voit, on ne l’entend pas. Si Marthe n’avait pas craqué, on serait passé à côté sans même la remarquer. Et pourtant elle est bien là, Marie la silencieuse. Elle est bien là comme les personnes qui arrivent discrètement le dimanche matin, s’assoient sur une chaise, vivent le culte et repartent tout aussi tranquillement… Ces personnes qui ne prennent pas la parole aux annonces, qui n’animent pas de groupes, mais qui sont là et soutiennent par un regard, un sourire, l’enfant qui balbutie un mot au culte, la prédicatrice qui se dépêtre d’un texte biblique. Ces personnes qui donnent sans même peut-être s’en rendre compte elles-mêmes.
Elles sont comme Marie ! Marie, qui a décidé de vivre son attachement au Christ en profitant de sa présence, en l’écoutant. En écoutant Marie donne quelque chose à Jésus, elle donne autrement que Marthe. Elle donne de son temps, de sa vie, de sa disponibilité. Elle donne du libre, et elle reçoit. Elle nous rappelle aussi que dans la relation avec Dieu, dans la foi, comme dans toute relation, il y a des choses qui nous sont données. Oui, des choses que nous devons accueillir. Et parfois, il est nécessaire que nous lâchions prise pour cela. Il est nécessaire que nous laissions du temps libre, de l’espace libre pour discerner ce que Dieu nous donne, ce que l’Eglise nous donne aussi…
Car tous et toutes nous recevons : un verset biblique qui résonne particulièrement, une prière qui nous porte, la présence d’un frère ou d’une sœur, le sourire de la personne qui est à côté, et tant d’autres choses… qui sont là aussi écrites sur ce tableau en forme de remerciement. Nous recevons et nous pouvons contempler : être avec un morceau de temple, être avec Dieu !
Oui, prendre le temps de la contemplation, comme un espace de liberté, pour avec Marie, retourner les questions dans nos têtes, accueillir les expériences dans nos vies, et méditer, sur ces mots en français, qui disent la plénitude… le mot hôte, le mot don !
Ces mots disent la plénitude parce qu’ils disent la réciprocité, ils disent celui qui reçoit et celui qui est reçu… ce qui est offert et ce qui est accueilli. En fait, ces mots mettent l’importance sur ce qui est partagé, plus que sur les personnes qui le partagent. C’est la relation entre les deux personnes qu’ils expriment. Ils disent l’invisible souvent, la danse de ce qui est partagé et qui ne s’arrête jamais. Nous recevons, nous donnons, nous recevons, nous donnons et encore et encore. Et avec Dieu, cela est sans fin. Jamais la chaine du don ne se casse… Cela nous autorise à être aussi comme Marie et à nous arrêter. Nous n’avons rien à perdre dans notre relation à Dieu. Il sera toujours là.
Aucune relation n’est à sens unique, aucun don non plus, c’est aussi ce que nous rappelle la réponse de Jésus : « Marie a choisi la meilleure part », peut-être parce qu’elle laisse à l’autre toute sa place… à Jésus qui est là et qui parle… à Marthe qui est là et qui s’active et se montre. Prendre le temps d’accueillir l’autre, la personne différente et lui laisser assez de temps et de place pour qu’elle se sente chez elle… alors en son temps, à son rythme, elle parlera. Elle nous racontera son chemin spirituel, son parcours de vie. Elle nous dira ses étonnements, ses rires, ses doutes… comme Jésus avec Marie, l’enfant dans la paroisse, le ou la nouvelle venue, le ou la timide se révélera et nous enrichira. Il ou elle apportera de nouveaux dons ! Oui, contempler, vivre avec Dieu, c’est aussi garder de l’espace libre, du temps libre, pour créer une occasion d’offrande renouvelée.
La présence de ces deux femmes qui vivent différemment le don et l’accueil, nous invite à comprendre sûrement, que la relation avec Dieu n’est pas une fois, je donne, une fois je reçois. Ou je reçois une fois pour toute et après je ne fais que donner. Ou encore je donne en espérant recevoir. La relation avec Dieu, c’est de l’entrecroisement de ce qu’on reçoit et de ce que l’on donne. C’est Marthe et Marie ensemble ! C’est de l’action et de la contemplation. Et ce qui est vrai pour nous comme personne, l’est aussi pour notre vie communautaire. Notre paroisse a besoin de Marthe et de Marie. Les deux se portent, se complètent. Ensemble nous aimons le Seigneur de tout notre cœur, de tout notre être et de toute notre force.
A nous avec Dieu dans le calme, dans le dialogue, de discerner, la chose que nous pouvons sereinement donner, l’engagement que nous pouvons prendre. Quel don unique, parce qu’un seul, choisissons-nous d’offrir à Dieu, ou à l’autre qui est là dans l’assemblée et qui prend le visage du Christ ? Don d’action ou don de contemplation, …, aux yeux de Dieu, ils sont tout aussi justes, tout aussi importants.
Une chose, juste un cadeau de chacun, de chacune… et en fait ici déjà, quand je vous regarde, une myriade de dons… comme autant de pas pour entraîner le monde dans la danse avec Dieu en prenant soin de marquer des temps de pause, histoire de changer de côté ou pour reprendre souffle ! Juste danser avec Dieu et avec les personnes qui nous entourent, … , danser pour ne pas courir partout !
L’histoire de Jésus chez Marthe et Marie, nous invite, je crois, à cette danse, qui oscille entre action et contemplation !
Amen