
Lectures bibliques :
Ésaïe 60, 1 – 3
1 Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière : la gloire du SEIGNEUR sur toi s’est levée.
2 Voici qu’en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités,
mais sur toi le SEIGNEUR va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue.
3 Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever.
Luc 3, 1 – 9
1 C’était la quinzième année du règne de l’empereur Tibère ; Ponce-Pilate était gouverneur de Judée, Hérode régnait sur la Galilée et son frère Philippe sur le territoire de l’Iturée et de la Trachonitide, Lysanias régnait sur l’Abilène,
2 Hanne et Caïphe étaient grands-prêtres. La parole de Dieu se fit alors entendre à Jean, fils de Zacharie, dans le désert.
3 Jean se mit à parcourir toute la région du Jourdain. Il proclamait :
« Changez de vie, faites-vous baptiser et Dieu pardonnera vos péchés. »
4 Comme il est écrit dans le livre des paroles du prophète Ésaïe :
« C’est la voix d’un homme qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
faites-lui des sentiers bien droits !
5 Toute vallée sera comblée,
toute montagne et toute colline seront abaissées ;
les courbes de la route seront redressées,
les chemins rocailleux seront aplanis.
6 Et tout le monde verra le salut accordé par Dieu. »
7 Une foule de gens venaient à Jean pour qu’il les baptise. Il leur disait :
« Espèce de vipères ! Qui vous a appris à échapper à la colère de Dieu, qui vient ?
8 Montrez par des actes que vous avez changé de vie et ne vous mettez pas à dire en vous-mêmes : “Abraham est notre père !” Car je vous dis que Dieu peut utiliser les pierres que voici pour en faire des enfants d’Abraham !
9 La hache est déjà prête à couper les arbres à la racine : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. »
Prédication
« Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière :
la gloire du SEIGNEUR sur toi s’est levée.
Voici qu’en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le SEIGNEUR va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue. » (Ésaïe 60,1-2)
Tous les ans, j’aime retrouver Ésaïe dans les lectures bibliques du temps de l’Avent. Et en particulier ce passage lumineux, plein d’espérance et d’encouragement !
Tous les ans ces paroles reviennent dans nos lectures bibliques du temps de l’Avent pour nous annoncer la lumière – chaude et rayonnante – de Noël.
Lumière qui, tous les ans, nous rejoint au milieu de nos préoccupations, de nos soucis, de nos inquiétudes – de nos obscurités et nos ténèbres qui ne manquent pas non plus à nous habiter, à nous oppresser, à nous peser – quel que soit l’année !
Dans l’annonce du prophète de la lumière qui vient, les ténèbres, les obscurités ne sont pas niées, mais bien présentes : « Voici qu’en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités ».
Elles sont davantage évoquées encore – et surtout explicitées – dans le contexte de ce chapitre 60 du livre d’Ésaïe :
Nous espérions voir la lumière, mais c’est partout l’obscurité. Nous attendions que le jour se lève, mais nous marchons dans la nuit.
(Ésaïe 59,9). …
Les obscurités, nous en avons chacun·e les nôtres : les ténèbres, les inquiétudes, les soucis : garder la santé, pour les uns, guérir et la retrouver pour d’autres.
Puis, ce qui se passe dans notre pays, dans notre monde n’est pas très réjouissant non-plus. Là aussi, nous avons chacun·e nos inquiétudes, nos soucis – parfois aussi nos colères et nos révoltes.
Pour les uns, ce sont les gouvernants de notre pays, actuels ou en devenir, qui en sont la cause.
Pour d’autres, ce sont les gouvernants actuels et à venir d’ailleurs, notamment de Russie, d’Israël et des USA à cause de la menace qu’ils font peser sur la paix dans le monde – et sur des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants.
Ce sont eux, comme toujours, les premières victimes et les grands perdants des conflits et des guerres, quelqu’en soient les causes et les motivations !
Il est tentant de fermer les yeux et de boucher les oreilles pour ne pas voir, pour ne pas entendre, car, de toute façon, que pouvons-nous faire contre la puissance des seigneurs de ce monde ?
Mais les paroles du prophète, jadis comme aujourd’hui, résonnent dans nos oreilles, au milieu même notre attente de Noël et de nos préparations des fêtes de fin d’année :
« Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière :
la gloire du SEIGNEUR sur toi s’est levée.
Voici qu’en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le SEIGNEUR va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue. » (Ésaïe 60,1-2)
Comment « devenir lumière » au milieu des ténèbres – sans voir aucune lueur briller à l’horizon ?
Pour y voir un peu plus clair, il nous faut prendre du recul et faire un pas de côté en nous demandant : à qui ces paroles s’adressent-elles au juste ?
Dans la suite de ces versets, nous apprenons qu’il s’agit, non pas d’une personne précise, mais d’une … ville, Jérusalem ! …
Plus précisément, Ésaïe s’adresse à son peuple qui revient après 40 ans d’Exil à Babylone au pays de ses ancêtres.
C’est d’ailleurs à ce retour heureux que font allusion les versets au chapitre 40 d’Ésaïe que Jean le Baptiseur cite dans son appel au peuple :
« Préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits ! … Et tout le monde verra le salut accordé par Dieu » (Luc 3,4 – 6).
Or, le salut promis pour le peuple tarde à arriver. La lumière espérée avec le retour au pays, n’est pas en vue. Quelle en est la raison ?
Au chapitre précédent le nôtre, Ésaïe reprend les interrogations du peuple – et y répond :
« Pensez-vous que le bras du Seigneur soit trop court pour vous sauver ?
Ou qu’il ait l’oreille trop dure pour vous entendre ?
En réalité, ce sont vos fautes qui dressent une barrière entre vous et votre Dieu : ce sont vos péchés qui le poussent à tourner la tête pour be pas vous écouter. Car vous avez du sang sur les mains, vos doigts sont souillés de crimes, et quand vous ouvrez la bouches, c’est pour mentir ou calomnier » (Ésaïe 59,1-3).
Ésaïe se fait porte parole de Dieu quand il dénonce une attitude qui consiste à pratiquer les rites religieux, sans se soucier du sort du prochain : « …ils me disent : À quoi bon pratiquer le jeune, si tu nous ne vois pas ? … Alors je réponds :
Quand vous jeûnez, vous vous querellez, vous vous disputez et vous donnez des coups de poing ! Quand vous jeûnez ainsi, vote prière ne parvient pas jusqu’à moi ».
Et il ajoute – parlant toujours au nom de Dieu :
« Le jeûne, tel que je l’aime… :
C’est partager ton pain avec celui qui a faim, c’est ouvrir ta maison aux pauvres et aux déracinés, c’est fournir un vêtement à celui qui n’en a pas, c’est de ne pas de détourner de celui qui est ton frère. Alors ce sera pour toi l’aube d’un jour nouveau… » (Ésaïe 58, 3 – 8) …
Ce que le prophète du 6e siècle avant Jésus-Christ souligne comme essentiel dans la relation à Dieu : la foi qui se manifeste dans l’amour du prochain, nous le retrouvons, bien-sûr aussi dans l’enseignement de Jésus – p.ex., quand il cite le double commandement de l’amour :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même » (Luc 10, 27).
De même dans la 1ʳᵉ épître de Jean sous forme d’une interpellation :
« Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il a de la haine envers son frère ou sa sœur, c’est un menteur. En effet, s’il n’aime pas son frère ou sa sœur qu’il voit, il ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jean 4, 20)
ET c’est encore le message de Jean le Baptiseur qu’il adresse à ceux qui sont venus se faire baptiser – sans penser à mettre en pratique l’amour du prochain, dans la suite du passage que nous avons lu tout à l’heure :
« Espèce de vipères ! Qui vous a appris à échapper à la colère de Dieu qui vient ? Montrez par des actes que vous avez changé de vie » ! (Luc 3, 7-8) …
Les paroles violentes du baptiseur sont juste : il faut dénoncer la violence, la violence économique, la violence sociale, la violence tout court. Dieu n’est pas, Dieu n’est jamais du côté de ceux qui oppriment, qui torturent, qui tuent, qui font la guerre – quelqu’en soi la cause : pour Dieu, le Dieu de la Bible, le Dieu de Jésus-Christ, la fin ne justifie jamais les moyens ! …
Jésus propose une voie nouvelle, une issue à la violence, celle de la non-violence, celle de ne pas répondre au mal par le mal, à la violence par la violence … et tous ceux qui se réclament de lui devraient en tenir compte !
La voie qui commence par la reconnaissance de notre fragilité, de notre vulnérabilité … dans l’enfant fragile et vulnérable de la crèche – et dans l’homme de Nazareth, crucifié sur la colline de Golgotha !
La voie qui reconnaît ensuite la fragilité de l’autre, et pas seulement de celui qui est de mon côté, mais aussi de l’adversaire, de celui que je considère comme mon ennemi…
La voie qui « ne cherche pas son propre intérêt », qui ne cherche pas à avoir raison à tout prix. La voie « qui n’entretient pas de rancune, qui ne se réjouit pas de l’injustice, mais qui trouve sa joie dans la vérité » … qui est toujours multiple et complexe – à l’image de notre humanité (selon 1 Corinthiens 13).
En un mot : la voie de l’amour fraternel qui est charité, bienveillance, pardon et que l’apôtre Paul décrit dans un de ses plus beaux poèmes. L’amour qui est le plus fort et gardera le dernier mot sur nos vies de tout un chacun et de nous tous ensemble !
En Jésus-Christ, cette « voie » s’est incarnée, est devenu « réelle » et « réalisable » !
« Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière :
la gloire du SEIGNEUR sur toi s’est levée.
Voici qu’en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le SEIGNEUR va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue. » (Ésaïe 60,1-2)
Nous sommes appelés à devenir lumineux parce que la lumière va arriver – même si elle n’est pas encore visible. Nous sommes invités à prendre une avance sur la réalité. Il fait encore nuit. Nuit noire, même !
Mais dans l’espoir, dans l’attente de la lumière qui vient, nous sommes invités, déjà, à devenir lumière.
Nous sommes invités à tourner nos regards vers cette lumière et à la refléter, à devenir lumière pour notre prochain, ici et ailleurs, à porter sur lui un regard bienveillant, à l’accueillir et à l’aimer tel qu’il est – et cela c’est à la portée de chacune et de chacun d’entre nous :
« Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière :
la gloire du SEIGNEUR sur toi s’est levée.
Voici qu’en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le SEIGNEUR va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue. » (Ésaïe 60,1-2)
Amen.