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Père et fils
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Texte de la prédication du 29 décembre 2024 par le pasteur Andreas Seyboldt
Lecture biblique : Luc 2, 39 – 52
39 Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. 40 Or l’enfant grandissait et devenait fort ; il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
41 Ses parents allaient chaque année à Jérusalem, pour la fête de la Pâque.
42 Lorsqu’il eut douze ans, ils y montèrent selon la coutume de la fête.
43 Puis, quand les jours furent achevés et qu’ils s’en retournèrent, l’enfant Jésus resta à Jérusalem, mais ses parents ne s’en aperçurent pas. 44 Pensant qu’il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin et le cherchèrent parmi les gens de leur parenté et leurs connaissances.
45 Mais ils ne le trouvèrent pas et retournèrent à Jérusalem en le cherchant.
46 Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres, les écoutant et les interrogeant. 47 Tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.
48 Quand ils le virent, ils furent ébahis ; sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse !
49 Il leur répondit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que j’ai à faire chez mon Père ?
50 Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. 51 Puis il descendit avec eux à Nazareth ; il leur était soumis. Sa mère retenait toutes ces choses.
52 Et Jésus progressait en sagesse, en stature et en grâce auprès de Dieu et des humains.
Prédication :
Luc et Matthieu sont les seuls des 4 Évangélistes à raconter, dans leurs chapitres 1 et deux, la naissance de Jésus. Chez Luc, il y a davantage de détails encore sur cette naissance et les événements qui l’entourent :
Avant la naissance, l’annonce de la naissance par l’ange Gabriel (Luc 1,26-35) — mise en parallèle avec la naissance de son « cousin », Jean-Baptiste (Luc 1,5-25) !
Et après la naissance,
Pourquoi tous ces détails sur la vie du « petit Jésus » ?
Que nous disent ces récits d’enfance sur la vie de Jésus et de sa mission ?
Qu’est-ce qu’ils apportent d’important pour notre foi en Jésus-Christ ?
Quel est l’intention de Luc en les intégrant dans son Évangile ?
Pour y voir un peu plus clair, je vous invite à un petit voyage de relecture du récit, en trois parties :
Les récits relativement sobres des deux premiers chapitres de Matthieu et de Luc racontant la naissance de Jésus ont été complétés ultérieurement par des récits et légendes pour colorier, en quelque sorte, les « blancs » laissés par les récits évangéliques.
Plusieurs évangiles dits « apocryphes » (qui n’ont pas été gardés dans la Bible) en on fait leur principal objet.
Les histoires qu’ils racontent ont largement marqués les traditions populaires de Noël : le bœuf et l’âne auprès de la crèche, le nombre et les noms des mages devenus rois, etc.
Et ils se sont, bien-sûr, aussi interrogés sur le fait que Jésus est né, d’un point de vue humain, de « père inconnu » – et du scandale que cela pouvait provoquer au regard des mœurs de l’époque !
Déjà les évangiles canoniques le mentionnent, notamment, dans le récit de Matthieu : « Voici comment arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph ; avant leur union, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit saint ». Or, Joseph, visiblement, ne croit pas trop à cette histoire d’Esprit-Saint : il « décida de la répudier en secret » (cf. Matthieu 1,18 ss).
Les évangiles apocryphes, notamment l’« Évangile du Pseudo-Matthieu », datant du 6e ou 7e siècle, expriment encore d’avantage ce doute du fiancé de Marie :
« Joseph leur dit [aux jeunes filles qui essaient de le convaincre que Marie, sa fiancée, est vierge] :Pourquoi tachez-vous de me tromper afin que je croie qu’un ange de Dieu l’a rendue enceinte ? Il est possible que n’importe qui se soit fait passer pour un ange et l’ait séduite ».
Cette famille, visiblement, n’a rien de « sainte » – au sens moral du terme !
Jésus étant né, d’un point de vue humain, de « père inconnu », son père humain, Joseph, n’est que son « beau-père ».
Mais un beau-père « qui était juste » (selon le récit dans Matthieu 1,19) – au sens biblique du terme, c’est-à-dire, qui fait passer la compassion avant la punition, à l’exemple du Dieu miséricordieux pour son peuple : « Comme un père a compassion de ses fils, Le SEIGNEUR a compassion de ceux qui le craignent » (Psaume 103,13).
Joseph, après avoir été encouragé en rêve par la visite d’un ange de suivre cette voie de la justice miséricordieuse de Dieu, accepte d’épouser sa fiancée – et d’adopter l’enfant à naître.
Et il ne le fait pas seulement du « bout de lèvres ».
Dans notre récit, il se soucie de l’enfant Jésus autant que sa mère :
« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse ! ». (L’expression « mon enfant » accentue bien le lien de parenté – qui est partagé dans celle de « Ton père et moi »)
Ils s’inquiètent, tous les deux, lorsqu’ils constatent sa disparition du milieu du groupe des pèlerins avec lequel ils étaient montés à Jérusalem pour Pessah, la Pâque juive.
Et tous les deux ont du mal « à suivre » leur enfant « fugueur » : « ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait » (Luc 2,50).
L’épisode de vie de Jésus que Luc nous raconte dans ce récit, pourrait être celui de n’importe quel fils grandissant, ado, en mal d’être compris par ses parents : un enfant, devenu ado, puis adulte, doit, à un moment, partir pour trouver son propre chemin.
Cependant, ce qui rend cette histoire un peu particulière, c’est le fait que Luc prend grand soin de nous décrire Jésus comme un enfant doté d’une intelligence et d’une sagesse prématurée, alors qu’il n’a que douze ans : son intelligence est bien au-dessus de la moyenne.
Les récits ultérieurs des évangiles apocryphes font apparaître le jeune Jésus comme un enfant omniscient et omnipotent, parfois même cruel et tyrannique !
Qu’un enfant soit doué d’une telle intelligence semble être peu courant à l’époque et il y a de quoi s’étonner, se poser des questions.
Il s’agit de la capacité de saisir les liens entre les choses, les situations ou les idées et d’en tirer une conclusion éclairée.
Dans le cadre du Proche-Orient de cette époque, et plus particulièrement dans le judaïsme, cette faculté est issue de la religion et de la foi en Dieu.
Si le jeune Jésus fait déjà preuve d’une intelligence « hors-normes », il a encore besoin de grandir et de « progresser en sagesse, en stature et en grâce auprès de Dieu et des humains » (Luc 2,52).
« Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que j’ai à faire chez mon Père ? »
Cette réponse du jeune Jésus à ses parents inquiets de sa disparition me fait penser à une vieille chanson du chanteur et musicien anglais Cat Stevens.
Elle a comme titre « Father and Son ». Elle décrit, dans une forme de « dialogue de sourds », la relation difficile entre un père et son fils :
It’s not time to make a change / Just relax, take it easy
Ce n’est pas le moment de changer / Reste calme, prends-le bien
You’re still young, that’s your fault / There’s so much you have to know
Tu es encore jeune, c’est bien là ton problème / (Mais) Il y a (encore) tant de choses que tu dois savoir
Find a girl, settle down / If you want, you can marry
Trouve-toi une fille, installez-vous / Si vous voulez, mariez-vous
Look at me, I am old / But I’m happy
Regarde-moi, je suis vieux / Mais je suis heureux
I was once like you are now / And I know that it’s not easy
Autrefois j’étais comme toi / Je sais que ce n’est pas facile
To be calm when you’ve found / Something going on
d’être calme quand tu découvres / Que quelque chose se passe
But take your time, think a lot / Well think of everything you’ve got
Mais prends ton temps, réfléchis bien / Pense bien à tout ce que tu as
For you will still be here tomorrow / But your dreams may not
Parce que tu seras encore là demain / Mais tes rêves ne le seront peut-être plus.
Ce à quoi le fils répond :
How can I try to explain / When I do he turns away again
Comment pourrais-je lui expliquer / Quand je le fais, il se détourne
It’s always been the same / Same old story;
Ça a toujours été la même / La même vieille histoire;
From the moment I could talk / I was ordered to listen
Depuis le moment où j’ai pu parler / On m’a obligé d’écouter
Now there’s a way and I know / That I have to go away
Maintenant il y a un chemin et je sais / Que je dois partir
Pour Cat Stevens, il y a des éléments autobiographiques dans cette création :
« Je n’ai jamais vraiment compris mon père », raconte-t-il à propos de ce chant, « mais il m’a toujours laissé faire ce que je voulais – il m’a laissé partir ».
Il ajoute dans un autre commentaire qu’il se reconnaissait bien dans le père Et le fils.
Deux expériences personnelles se reflètent pour moi dans les paroles de cette chanson :La première est celle de la relation que j’avais, adolescent, avec mon propre père. Je m’étais bien reconnu en ce fils incompris par son père. Et comme lui, je suis parti loin pour m’éloigner de lui et trouver mon propre chemin… à l’image aussi du fils prodigue que Jésus raconte plus tard dans une de ses paraboles !
Aujourd’hui, étant moi-même père d’une famille recomposée, je me sens plus proche du père qui, comme Joseph, a adopté, non pas un, mais quatre fils (et une fille !)
Un jour, l’un d’eux m’avait lancé, lors d’une dispute, que je n’étais pas son père – tout comme Jésus l’a fait aussi dans notre récit – de façon, certes, plus implicite, mais tout aussi clairement !
(Jésus ne disait pas à Joseph qu’il n’était pas son père – mais dans sa réponse, il affirme avoir un autre père – ce qui, dans le contexte du récit, ne peut être personne d’autre que son « Père céleste » ! ) …
Je ne sais pas si Joseph avait fini par comprendre son fils (adoptif).
Dans les Évangiles, on ne parle plus de lui après ces récits de l’enfance et de l’adolescence de Jésus.
En revanche, il semblerait que l’incompréhension de sa famille par rapport à l’engagement et le chemin choisi de ce fils « hors-norme » a duré, du moins durant sa vie terrestre, comme en témoigne cette rencontre « ratée », racontée dans l’Évangile de Marc.
Jésus est en train d’enseigner aux foules, réunies dans une maison :
« Ta mère, tes frères et tes sœurs sont dehors, et ils te cherchent. Il répond : Ma mère et mes frères et sœurs, qui est-ce ? Puis, promenant ses regards sur ceux qui étaient assis autour de lui, il dit : Voici ma mère et mes frères et sœurs ! » (Marc 3,32-34).
Quant à son père, il n’est pas exclu de penser, que la découverte d’un Dieu qu’il a nommé Père et dont les attributs sont largement ceux de la compassion, de l’amour inconditionnel et de la tendresse, se soit développé aussi grâce à la rencontre avec son beau-père ! …
Conclusion
Alors, que nous disent ces récits d’enfance sur la vie de Jésus et de sa mission ?
Qu’est-ce qu’ils apportent d’important pour notre foi en Jésus-Christ ?
Et quel est l’intention de Luc en les intégrant dans son Évangile ?
La première intention de Luc a sans doute été de montrer l’intelligence et la sagesse précoce de Jésus, futur Sauveur et Seigneur du monde.
Mais il prend soin aussi de dessiner un portrait de ses parents qui souligne, à la fois, leur fidélité aux traditions religieuses de leur temps, ET leur attitude de parents soucieux de leur enfant.
Ce faisant, Luc nous dit à propos de Jésus et de ses parents, qu’ils forment une famille pas tellement différente des familles de son temps – et du nôtre :
En quelque sorte, ce récit est une prolongation de l’incarnation de la Parole de Dieu : la parole de Dieu qui, a Noël, est devenue « chair », s’est incarnée réellement, concrètement dans l’histoire humaine, dans l’histoire des familles humaines !
En Jésus, Dieu s’est incarné au sein même de la famille humaine. De toutes les familles humaines !
Il en connaît les joies et les soucis, les « ententes » et les incompréhensions, les parents qui s’inquiètent pour leurs enfants, les enfants grandissants qui se sentent incompris par leurs parents …
Tout cela, c’est la vie, notre vie, et Dieu y chemine avec nous.
Que cela soit pour nous un encouragement dans les moments d’incompréhension.
Que l’espérance nous porte dans les temps d’épreuve familiale. Et que nous sachions nous réjouir dans les temps de bonheur.
Amen.
Andreas Seyboldt