
Lecture: I Corinthiens 13, 1-7
Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis du bronze qui résonne ou une cymbale qui retentit.
Et quand j’aurais (le don) de prophétie, la science de tous les mystères et de toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.
Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture (des pauvres) quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien.
L’amour est patient, l’amour est serviable, il n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne médite pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ; il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.
Prédication donnée à plusieurs voix avec les jeunes de la paroisse
Gwenaël : Et nous voilà repartis avec les versets bibliques qui ont l’air complètement déconnectés de notre quotidien. « L’amour est patient, l’amour est serviable, il n’est pas envieux… » A croire qu’il n’a jamais été enfant Paul et surtout qu’il n’était pas gourmand.
Nathan : Oui, parce que chez moi, et pas que chez moi d’ailleurs… quand au matin, il y avait du Nutella sur la tartine… on jalousait la dose du frère bien-aimé.
Clara : Et chez moi, c’était pour le sirop grenadine qu’on faisait ça… j’aime mon frère et ma sœur, mais c’est sacré la dose de grenadine ! Donc, son truc à Paul de l’amour ne jalouse pas, ça ne marche pas !
Gwenaël : Vous savez quoi, on en a tous des anecdotes comme celles-là… des moments, où en fait on anticipe notre jalousie et elle est souvent d’autant plus forte que nous aimons. Alors de deux choses l’une : soit Paul n’a rien compris à la vie, soit nous ne comprenons pas ce qu’il veut nous dire.
Clara : Je préfère l’option « nous ne comprenons pas ce qu’il veut nous dire », parce que je ne sais pas vous, mais moi, je ne suis pas d’accord avec le fait qu’il faille tout endurer et tout supporter par amour. C’est tout de même violent de dire ça comme ça… on n’est pas obligé de rester vivre avec des personnes qui nous font du mal, juste par amour. C’est super culpabilisant de dire ça. Et même plus que culpabilisant, c’est dangereux.
Gwenaël : Rien que cette remarque, mérite qu’on s’interroge sur ce que Paul veut vraiment dire. Parce que bien entendu que l’amour ne justifie pas tout, loin de là. Les abus, les violences sont inacceptables. Aucune personne n’a à supporter l’inacceptable, et aucune personne n’a à dire que c’est supportable. Cela dit, quand dans un texte biblique, il y a quelque chose qui nous parait totalement insupportable, souvent, bien souvent, ça veut dire qu’on a loupé un truc dans la lecture et qu’il s’agit de sortir de la lettre du texte pour le comprendre. Donc réfléchissons un peu…
Clara : Paul semble parler d’un amour qui est « altruiste » et qui est « pur ». Un amour sans arrière pensée, sans condition… un amour qui n’attend rien en retour. Ça parait tellement loin de ce que nous vivons. Nous sommes tellement habitués à avoir un retour sur investissement dans tout ce que nous vivons. Un résultat suite à un entrainement sportif, une note après des révisions, un salaire à la hauteur de notre travail… et même en amour, nous réclamons souvent des marques, des preuves d’amour. Nous cherchons à nous assurer que l’autre nous aime à la hauteur de notre propre amour. Et Paul, lui, arrive avec un amour « gratuit », qui semble sans condition…
Nathan : En grec, j’ai entendu dire qu’il y avait trois termes pour désigner l’amour. « Éros », pour l’amour charnel, « philia » pour l’amitié, et puis « agapè » pour l’amour de Dieu, un amour qui est universel. Par extension cet amour de Dieu pour nous, devient l’amour que les chrétiens sont appelés à vivre avec les autres personnes. Il se pourrait bien que Paul parle de cet amour là.
Clara : Ça changerait tout. Celui qui est capable de patience, de non-jalousie, de non-vantardise…, c’est en premier Dieu. C’est donc un texte qui illustre l’amour de Dieu pour nous et pour vous. En fait, c’est une manière de dire concrètement comment l’amour de Dieu se manifeste pour nous. Parce que ‘amour’, ça veut tout dire et rien dire. C’est plus fort de donner des exemples de l’amour de Dieu. Ça nous parle plus.
Gwenaël : Par exemple, je peux me demander, nous pouvons ensemble nous demander, comment Dieu témoigne de son amour dans nos vies ? Est-il patient parce que nous ne comprenons pas toujours son appel à nous engager ? ou parce que la prière, ce n’est pas trop notre fort ? Est-il sans colère et vient-il mettre du calme dans nos propres colères et agacements ?
Clara : Et c’est très fort de dire que l’amour de Dieu ne médite pas le mal. Parce que souvent, tout de même, on a tendance à dire que ce qui nous arrive de difficile, que les épreuves viennent de Dieu. Mais en fait, le texte prend le contre-pied de cette compréhension. Dieu ne veut jamais la difficulté pour nous. Il ne peut pas empêcher que nous vivions des épreuves, mais elles ne viennent pas de lui. Il ne nous teste pas… pour savoir comment nous allons réagir.
Nathan : D’accord, quand Paul dit que s’il n’a pas l’amour, toutes ses compétences à lui, sont inutiles, il parle de l’amour de Dieu. Et il dit en premier lieu, que c’est Dieu qui vient l’aimer et qui donne du sens à ce que lui peut faire. Un peu comme si l’amour de Dieu était sa boussole qui le conduit et qui porte ce qu’il fait et ce qu’il vit. Il dit qu’il est aimé et que nous sommes aimés de Dieu sans condition aucune.
C’est important. Mais tout de même, ce n’est pas un peu facile de dire que cet amour ne concerne que Dieu ? Que nous humains, parce que nous sommes jaloux et que nous nous acclimatons à l’injustice, nous n’avons pas à vivre ou à chercher cet amour-là ? Que l’amour que nous recevons comme ça, sans aucun mérite de notre part, n’a aucune conséquence dans nos engagements ?
Gwenaël : Je crois que nous sommes appelés à vivre de ce que Dieu nous donne. Et que nous sommes appelés à partager ce que nous avons reçu. D’ailleurs ce qu’on n’a pas, on ne peut pas le partager. Ce texte nous invite à laisser de la place à Dieu dans nos interactions avec les autres. A ne pas agir par intérêt pour nous.
En fait, c’est comme si on se disait tout le temps : « Je n’ai rien à gagner… et rien à perdre non plus, je peux tendre une main, je peux essayer une parole de pardon… je peux le faire, parce que réponse ou pas réponse de l’autre pour moi, aux yeux de Dieu ça ne retirera rien de son amour pour moi… et ça ne m’en apportera pas un brin de plus non plus… parce qu’à l’amour il n’y a rien à ajouter ».
Nathan : Quand on est assuré de cela, alors on peut s’aventurer avec Dieu à aimer les autres comme lui… et comme Paul, on peut faire de l’amour, la boussole de notre vie. Ce n’est donc pas un amour qui est question de sentiment : j’apprécie ou je n’apprécie pas… mais un amour engagement : un mouvement de vie avec Dieu. Et en tout premier lieu, ce n’est pas une histoire d’action, mais de regard sur le monde. Nous pouvons choisir de regarder le monde et les personnes avec amour.
Clara : Oui, mais tout de même, vous parlez d’un programme pour les croyant.es que nous sommes : être patient, ne pas nous mettre en colère, ne pas être jaloux… ne pas se réjouir quand il arrive des bricoles aux personnes qui nous ont fait du mal… et en plus, ne rien attendre en retour… ce n’est pas simple tout de même. Aimée de Dieu ou non, je ne suis pas certaine qu’on y arrive.
Gwenaël : Il y a peut-être une autre façon de voir les choses. C’est certain qu’en se disant que c’est impossible, on se bloque. Dieu n’appelle jamais à l’impossible, mais à la foi. Rappelez-vous la graine de moutarde et les montagnes qu’on peut déplacer si on a la foi, si on a confiance. Si on le lit le texte en se disant que Dieu nous promet que nous sommes capables d’être patient, de ne pas nous mettre en colère, de ne pas nous réjouir de l’injustice… si on lit ce texte, en nous disant que Dieu nous donne à vivre sa patience, qu’il la met en nous… et que ça prendra le temps qu’il faudra, mais qu’un jour on y arrivera… parce que lui est certain que nous le pouvons… ça change tout encore une fois. Et alors nous pouvons essayer parce que lui, Dieu, croit que c’est possible.
Clara : L’amour de Dieu est une promesse à recevoir et à vivre, c’est ça ?! D’abord à recevoir pour nous. Ce qui veut dire que nous avons à accepter que nous sommes avec toutes nos imperfections, et nos compétences, aimé.es de Dieu. Et ensuite à partager, à offrir aux autres… qui d’ailleurs sont aussi aimé.es de Dieu. Parce que nous sommes aimé.es et que les autres le sont aussi, nous pouvons vivre la promesse de Dieu.
Nathan : L’amour de Dieu, c’est donc le début du chemin et l’arrivée du chemin… et aussi la boussole ! En résumé, c’est le chemin en entier ! Un chemin, ça veut dire aussi qu’il y aura bien des occasions de partage et de rencontre. A nous de questionner qui nous pouvons être et comment nous pouvons être sur ce chemin. Et histoire de bien nous en rappeler, si des fois on a l’impression de passer à côté de ce que Dieu veut pour nous, on pourrait dire « Je suis aimée, j’aime… donc je suis pleinement avec Dieu »
Gwenaël : Merci pour la phrase Nathan, je la garde précieusement, et nous allons l’offrir à notre tour :
Ensemble : « Vous êtes aimé.e, vous aimez, donc vous êtes pleinement avec Dieu »
Gwenaël : et nous pouvons faire un pas de plus, un tout dernier pour aujourd’hui : Dieu agit par vous pour que vienne son Royaume !
Ensemble : Amen