Sommes nous prêt à accueillir Jésus ?

Texte de la prédication du 1er décembre 2024, 1er dimanche de l'Avent par la pasteure Gwenaël Boulet

Lectures bibliques

Luc 21.25-36

Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et, sur la terre, une angoisse des nations qui ne sauront que faire au bruit de la mer et des flots ; les humains rendront l’âme de terreur dans l’attente de ce qui surviendra pour la terre habitée, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venant sur une nuée avec beaucoup de puissance et de gloire.

Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et levez la tête, parce que votre rédemption approche.

Il leur dit encore une parabole : Voyez le figuier et tous les arbres. Dès qu’ils bourgeonnent, vous savez de vous-mêmes, en regardant, que déjà l’été est proche. De même, vous aussi, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le règne de Dieu est proche. Amen, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.

Prenez garde à vous-mêmes, de peur que votre cœur ne s’alourdisse dans les excès, les ivresses et les inquiétudes de la vie, et que ce jour n’arrive sur vous à l’improviste, comme un filet, car il viendra sur tous ceux qui habitent la surface de toute la terre.

Restez donc éveillés et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d’échapper à tout ce qui va arriver et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme.

 

Prédication

Voilà dans un mois, c’est Noël. Les lumières partout, les odeurs de repas, les sourires des enfants (et pas seulement) et les chants ! Dans un mois, c’est Noël et je vois déjà mes nièces se précipiter jour après jour sur le calendrier de l’Avent avec à la clef un chocolat, un bonbon ou un « petit bon de temps à partager » avec les personnes qu’elles aiment.

Dans un mois, c’est Noël, et j’entends déjà ma mère dire : « je n’ai pas commencé les cadeaux »… et d’autres se demander ce qu’on va mettre dans les assiettes et qui va faire quoi… ou qui va héberger qui ? Et moi, de rire en coin, et de leur dire, « Noël, c’est dans un mois, on a le temps. »

Et puis après, je tourne un peu mon regard. Je le déplace de ces personnes qui me sont chères et qui ont une veine pas possible d’être nées en France, dans une famille aimante. Et je vois le monde… pas besoin d’aller loin pour être confrontée à la violence, à la pauvreté et au désespoir. Et il y a la guerre, les génocides, les désastres dus au réchauffement climatique… et je me dis : « Noël… c’est vraiment dans un mois… mais on n’est pas prêt. »

Non, c’est sûr et certain que le monde n’est pas prêt. Il fourmille d’égoïsme, il résonne des cris et des larmes, il s’effondre et nous restons là dépassés par notre irresponsabilité, notre incapacité à fournir les réponses adéquates.

Vraiment, Noël c’est dans un mois ? Et comme une envie alors de dire à Dieu : « en fait, tu sais quoi ? Si ça se trouve Noël cette année, il faudrait l’ajourner. Parce que ce n’est pas très raisonnable de faire venir un bébé dans tout ce fatras. » Quel avenir pour ce petit aujourd’hui ? Bethléem est une prison à ciel ouvert et les cousins, cousines de Gaza errent sous les bombes, meurent de la polio ou de famine. Et les cousins et cousines de Jérusalem et Tel-Aviv, de Paris ou d’ailleurs, ils ont tellement peur, qu’ils en deviennent fous… faut dire aussi, que d’aucuns oublient bien vite le principe de l’égalité entre les humains.

Venir dans un autre endroit alors ? Mais où ? Dans nos pays qui se déchirent et ferment les écoutilles de la fraternité ? Dans les pays aux réserves précieuses de minerais et autre or noir dans lesquels la liberté est passée aux oubliettes ? Où Dieu pourrait-il bien envoyer son fils aujourd’hui pour qu’on prenne soin de lui, pour qu’on lui prépare un avenir plein de promesses ?

Avec mes yeux d’humaine informée, je n’ai pas vraiment la réponse. J’écoute les plus jeunes générations, les 20-30 ans. Ils disent qu’ils n’auront pas d’enfant, et le taux de natalité chute réellement dans les pays occidentaux… ils n’auront pas d’enfant parce qu’ils trouvent que ce n’est pas raisonnable de faire naître un enfant dans ces conditions… même ici, en France ! Alors si ce n’est pas raisonnable de faire naître un enfant… pourquoi est-ce que Dieu viendrait pointer le bout de son nez ici et maintenant ? Il va devenir quoi cet enfant ? Il va grandir comment ? Dans quelles conditions ? …

Et puis, il y a le texte biblique. Ce texte qui nous parle de signes dans le soleil, dans les étoiles, de bruit de la mer etc… d’hommes et de femmes qui ont peur de ce qui va se passer. Un peu comme nous peut-être, sûrement parfois. En vrai, un peu comme tous les humains de tous les temps. Est-ce qu’il y a une seule génération qui a vécu sans crainte d’une catastrophe climatique, d’une guerre, d’une épidémie ? Honnêtement ? Nous y avons cru pendant 40 ou 50 ans, oui, ici… nous sommes les chanceux, ou nous étions les chanceux de l’histoire. Et puis voilà, nous sommes rattrapés.

Rattrapés par notre humanité. Rattrapés, par ce qui immanquablement est en rupture avec ce que Dieu souhaite pour nous : l’humilité, la patience, la bonté, la persévérance… la paix. C’est difficile de le dire, de l’assumer sans doute. Mais c’est comme ça. Et c’est comme ça depuis toujours. Nous sommes des humains capables du meilleur et du pire. Et ce pire, nous ne l’aimons pas… ce pire, il nous désole… alors de nous-mêmes, on se dit que ce pire, Dieu va le fuir. Il n’a pas à le connaitre… Nous ne sommes pas prêts à l’accueillir… lui Dieu dans notre pire.

C’est vrai, mais ce n’est pas à nous de décider. S’il y a bien une chose que nous ne pouvons pas contrôler, c’est la dynamique de Dieu. Un Dieu qui ne renonce pas à son histoire avec nous. Et il en a vues pourtant de ces choses mal ficelées, de nos impréparations et de nos refus. Oui, des précédents, il y en a… plein la Bible… plein l’histoire du peuple de Dieu… Dieu n’est pas à un cataclysme près.

Et je crois bien, que Jésus joint de manière réfléchie les signes d’une catastrophe et celle d’un figuier bourgeonnant dans son enseignement. Les deux images forment ensemble un paradoxe… tout comme notre réalité présente et Noël qui arrive. On ne s’attend pas à ce que Jésus parle d’un beau figuier et des fruits qu’il va porter alors qu’il informe les disciples d’événements et de signes alarmants.

La parabole du figuier arrive bizarrement au cœur de ce qui est sombre, de ce qui est inquiétant. Et Jésus annonce que quand nous voyons des bourgeons sur un figuier, nous dirions ici un pommier, ou un cerisier, nous savons que les beaux jours arrivent, nous savons que nous allons nous régaler de fruits. Oui ! Jésus parle du beau, du bon, au milieu de ce qui fait peur.

Il fixe les regards de ses disciples et les nôtres sur ce qui est différent, sur ce qui prend le contre-pied de l’air du temps. En faisant cela, il nous invite à voir autre chose que ce qui nous inquiète. Il remet les choses à leur place, leur juste place. Il nous permet d’envisager que ce que nous prenons pour la fin des temps n’est pas la finalité… sa finalité.

Ce n’est pas la finalité, parce que Dieu n’attend pas que nous soyons prêts pour débarquer dans nos vies. Il nous parle dans nos imperfections. Il nous rencontre dans nos chemins qui s’égarent. Il est là quoiqu’il arrive.

Et c’est, je crois, l’essentiel du message de Noël, de la venue de Dieu dans la vie, par la vie d’un tout petit : Dieu est toujours prêt à nous rejoindre. Si nous sommes bloqués, c’est lui qui avance. Si nous avons peur, c’est lui qui est confiant. Si nous sommes désespérés, il est l’espérance pour nous.

C’est tout le paradoxe de notre foi, de notre relation à Dieu. Nous ne sommes jamais prêts, nous ne sommes jamais tout comme il le faudrait… mais Dieu est là. Il ne rate jamais une occasion pour venir nous visiter au plus profond de la nuit.

Alors si nous ne sommes jamais prêts, à quoi ça sert de vivre le temps de l’Avent ? A quoi, ça sert de dire que nous attendons que Dieu arrive en Jésus ?

Peut-être que ça sert à nous apprendre à discerner les choses ! A changer notre regard pour qu’il arrive à voir les petites merveilles qui sont dans nos vies : des petites étincelles de bonheur, des petits sourires, des inattendus qui nous font du bien.

Attendre Noël, c’est avec réalisme ne pas céder au pessimisme, aux théories de l’effondrement et de la fin des temps inéluctable. C’est savoir dénicher les petites touches d’espérance qui parsèment la vie, comme les bourgeons discrets du printemps annoncent l’été. Et c’est s’y accrocher… pour partager ces petits signes et rendre la vie plus douce autour de nous.

Ce matin nous avons allumé une bougie : une petite lumière dans notre vie, dans notre monde. Qu’elle nous serve de lanterne pour partir à la recherche de la présence de Dieu.

Un mois, nous avons un mois pour collecter des petits bonheurs, des moments de partage, des silences qui nourrissent… un mois pour discerner les traces de Dieu ici et là. Un mois, c’est déjà bien assez pour poser sur nos tables de fête la simplicité, la bonne humeur, le petit cadeau qui prend soin de l’autre !

Jour après jour, allons comme les enfants vers le calendrier pour découvrir ce que Dieu y a caché pour embellir notre journée et nous remettre dans la confiance. Allons jusqu’à rencontrer à Noël le regard d’un tout petit qui s’en remet à nous pour continuer sa route !

Car pour nous Dieu est toujours prêt à tout, même à renaître de nouveau… et dans la confiance à nicher sa vie dans les nôtres. Il n’est pas raisonnable notre Dieu, et c’est tant mieux !

Amen

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