Ensemble N° 52 Billet biblique Nos migrants

«Ensemble», le journal de l’Église Protestante Unie d’Argenteuil, Asnières, Bois-Colombes, Colombes

L’étranger

Patrimoine d’une humanité qui marche et qui depuis la nuit des temps se déplace au gré de ses besoins et des ses curiosités, la Bible accorde une place particulière à la personne qui part de son lieu d’origine et s’aventure ailleurs.
Cette personne, c’est déjà celle qui croit et qui place sa confiance en Dieu. C’est l’araméen errant, souvent rapproché d’Abraham. Et ce sont aussi ses enfants qui sont appelés dans le Deutéronome (26, 5) à débuter par ces mots leur confession de foi « Mon père était un araméen errant » avant de « se réjouir avec le lévite et l’immigré des biens que le Seigneur leur a donnés. » (Dt 26, 11)
Nombre de textes bibliques disent l’importance pour Dieu que le peuple accueille la personne immigrée et la protège. Comme tout humain, l’immigré est à l’image de Dieu, à sa ressemblance. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus, notre Dieu vit le nomadisme avec les personnes qu’ils rencontrent et envoient en chemin. C’est le Dieu des bergers qui n’ont pas de frontières. Il est juste de dire que c’est un Dieu migrateur qui accompagne les routes humaines, toutes les routes, même celles que nous souhaitons fermer par « souci de sécurité » ou par « désir d’entre nous ».
Pourtant la Bible n’est pas toujours tendre avec les personnes qui sont étrangères et qui résident avec les croyants. Au retour de l’Exil, les auteurs de Néhémie et d’Esdras notamment mettent en avant la ségrégation, l’interdiction de mariages mixtes. C’est que la Bible rend compte aussi de la peur de l’autre, du besoin de préservation surtout quand on se sent petit, faible à côté de grands peuples et de puissances étrangères. Ils sont contre balancés par le récit du livre de Ruth qui raconte l’acceptation et l’intégration de Noémie et de sa famille en Moab puis de Ruth à Bethléem.
S’il fallait condenser cette tension entre rejet et acceptation de la personne étrangère, je lirai le passage de Jésus et de la femme cananéenne (Mc 7.24-30 et Mt 15.21-28). Pour nous qui lisons, c’est la femme qui est étrangère et Jésus la rejette avant de l’accueillir sous l’effet de sa parole ajustée. Pourtant, dans le récit, c’est Jésus qui est en terre étrangère, car il est à Tyr.
Et lui l’étranger est interpellé et reconnu pour qui il est « Seigneur ». Qui rejette et qui accepte l’autre ? Bibliquement,
les cartes sont brouillées, peut-être pour nous indiquer que nous sommes toujours en situation d’étranger dès que nous sommes en relation avec une autre personne. Et ça, ça remonte à avant le Déluge… quand Dieu créa l’humain à son image dans l’altérité de deux êtres.

Andreas Seyboldt

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